La bourse ne fixe pas un prix, elle confronte des ordres. Le marché primaire finance l'émetteur lors de l'émission, le marché secondaire organise l'échange entre investisseurs : c'est là que vous intervenez, et c'est sa liquidité qui rend le financement possible.
Vous cliquez sur « acheter », et 200 millisecondes plus tard vous détenez vingt actions. Entre les deux, votre ordre a traversé un système dont la logique décide du prix que vous payez, parfois avec un écart de plusieurs pourcents par rapport à ce que vous aviez vu à l’écran. La plupart des mauvaises exécutions ne viennent pas du marché, mais du type d’ordre choisi.
Voici comment la bourse fonctionne réellement, et ce que change chaque type d’ordre.
Tout commence par une distinction que beaucoup d’investisseurs n’ont jamais formulée.
Le marché primaire est celui de l’émission. Une entreprise qui entre en bourse ou qui augmente son capital vend des titres nouvellement créés, et le produit de la vente lui revient. Un État qui émet un emprunt fait la même chose. C’est le seul moment où votre argent finance réellement l’émetteur.
Le marché secondaire est celui de la revente entre investisseurs. Quand vous achetez une action Nestlé, votre argent ne va pas à Nestlé : il va au précédent détenteur du titre. C’est là que se déroulent la quasi-totalité des transactions, et c’est le marché auquel vous accédez par votre banque ou votre courtier.
Cette distinction n’est pas théorique. Sans marché secondaire liquide, personne n’accepterait de souscrire sur le marché primaire, parce que le capital serait immobilisé jusqu’à l’échéance ou pour toujours. La liquidité de la revente est ce qui rend possible le financement.
D’où les trois fonctions d’une bourse. La liquidité, c’est-à-dire la possibilité de trouver une contrepartie à tout moment. La formation du prix, par confrontation de l’offre et de la demande. Et la transparence, puisqu’une bourse réglementée publie les cours et les volumes et soumet les émetteurs à des obligations d’information.
Trois circuits coexistent, et ils n’offrent pas les mêmes garanties.
Une journée de négoce sur une bourse électronique se découpe en phases. La pré-ouverture, pendant laquelle les ordres s’accumulent dans le carnet sans s’exécuter, tandis qu’un prix d’ouverture théorique est diffusé. L’enchère d’ouverture, qui détermine le premier cours de la séance. La cotation continue, où chaque ordre compatible s’exécute immédiatement. Enfin l’enchère de clôture, qui fixe le cours officiel de la journée, celui qui sert de référence pour les indices et les évaluations. Sur SIX, la pré-ouverture démarre tôt le matin et la séance s’étend du début de matinée jusqu’en fin d’après-midi, avec une phase de clôture qui fixe le cours officiel.
Retenez-en une conséquence pratique : les cours de l’enchère d’ouverture et de l’enchère de clôture ne sont pas de simples continuations du marché continu. Passer un ordre au marché juste à l’ouverture est l’un des meilleurs moyens d’obtenir un prix décevant.
Les ordres arrivent dans un carnet d’ordres, qui liste d’un côté les acheteurs avec leur prix maximum, de l’autre les vendeurs avec leur prix minimum. Le système apparie les ordres compatibles selon deux règles, dans cet ordre : priorité au meilleur prix, puis, à prix égal, priorité à l’ordre arrivé le premier.
Entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente subsiste un écart, le spread. C’est un coût réel, souvent supérieur aux frais de courtage sur les titres peu liquides. Sur une grande valeur suisse, le spread est de quelques centièmes de pourcent. Sur une petite capitalisation ou un produit structuré peu traité, il peut atteindre plusieurs pourcents, payés instantanément à l’achat puis à nouveau à la vente.
Le carnet explique aussi pourquoi un gros ordre bouge le marché : s’il dépasse le volume disponible au meilleur prix, il consomme les niveaux suivants, de moins en moins favorables. C’est exactement ce qui produit les exécutions surprenantes.
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C’est la partie qui change concrètement vos résultats.
À cela s’ajoute la validité : valable pour la journée, jusqu’à une date choisie, ou jusqu’à annulation. Un ordre limité oublié et valable un an peut s’exécuter dans un contexte que vous aviez oublié. Relisez vos ordres en attente.
Trois réflexes pour finir. Utilisez l’ordre limité par défaut. Regardez le spread avant de passer un ordre sur un titre peu liquide, il vous coûtera plus cher que vos frais de courtage. Et évitez l’ordre au marché dans les premières minutes de la séance, où la volatilité est maximale.
Comprendre la bourse, c’est comprendre que le prix affiché n’est pas un prix garanti, mais le résultat d’une confrontation permanente d’ordres. Ce que vous obtenez dépend du circuit emprunté, de la liquidité du titre, de la phase de séance et surtout du type d’ordre que vous avez choisi. Ce choix est gratuit et il est le plus rentable que vous puissiez faire.
Chez Century Finance, nous regardons la structure d’un portefeuille avant sa performance, et les coûts réels avant les frais affichés. Si vous investissez seul ou si vous vous interrogez sur la qualité d’exécution de votre banque, faites analyser votre portefeuille.
Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.
Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.
Sur le marché primaire, les titres sont créés et vendus par l'émetteur : le produit de la vente lui revient et finance son activité. Sur le marché secondaire, les investisseurs s'échangent des titres déjà existants et l'argent va au précédent détenteur, pas à l'entreprise. C'est le marché auquel vous accédez par votre banque ou votre courtier, et c'est sa liquidité qui rend possible le financement sur le marché primaire.
Un ordre au marché garantit l'exécution mais pas le prix : il se règle au meilleur prix disponible, qui peut s'écarter sensiblement de celui affiché. Un ordre limité garantit le prix mais pas l'exécution : si le cours n'atteint pas votre limite, l'ordre reste en carnet puis expire. Pour un investisseur privé de long terme, l'ordre limité devrait être le réflexe par défaut.
C'est un ordre dormant qui se déclenche lorsque le cours atteint un seuil que vous avez fixé, pour limiter une perte ou protéger un gain. Une fois déclenché, il devient un ordre au marché : il s'exécute donc au prix disponible, qui peut être nettement inférieur au seuil lors d'un décrochage brutal. L'ordre stop avec limite corrige ce défaut en déclenchant un ordre limité, au risque de ne pas être exécuté du tout.
C'est l'écart entre le meilleur prix d'achat et le meilleur prix de vente affichés dans le carnet d'ordres. Vous le payez à l'achat puis à nouveau à la vente. Sur une grande valeur très liquide, il est infime. Sur une petite capitalisation ou un produit peu traité, il peut représenter plusieurs pourcents, soit bien davantage que vos frais de courtage. Regardez-le avant de passer un ordre.
Trois causes possibles. Vous avez passé un ordre au marché sur un titre peu liquide, et votre ordre a consommé plusieurs niveaux du carnet. Vous avez passé un ordre pendant une phase d'enchère, à l'ouverture ou à la clôture, où le prix se forme différemment du marché continu. Ou le cours a simplement évolué entre l'affichage et l'exécution. Un ordre limité supprime les deux premiers risques.
Non. À côté des bourses réglementées et des plateformes alternatives, une part importante des transactions se fait de gré à gré, directement entre deux parties, sans carnet d'ordres central. C'est le mode dominant sur les obligations, les devises et beaucoup de produits dérivés. Le prix n'y est pas public, ce qui rend la comparaison difficile pour un particulier.
Cela dépend de la validité que vous choisissez : la journée en cours, une date précise, ou jusqu'à annulation. Un ordre limité à longue validité peut s'exécuter des mois plus tard, dans un contexte de marché que vous aviez oublié. Passez en revue vos ordres en attente régulièrement.
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