Le crédit lombard est un prêt garanti par la mise en gage de votre portefeuille. Vous restez propriétaire de vos titres, qui continuent de produire dividendes et intérêts, mais ils sont grevés d'un droit de gage. Deux formes : la limite en compte courant, avec intérêts sur le seul montant utilisé, et l'avance à terme fixe, sur une durée convenue.
L’argument de vente tient en une phrase : obtenir des liquidités sans vendre vos titres, donc sans interrompre votre stratégie de placement. C’est exact, et c’est incomplet. Le crédit lombard déplace le problème plutôt qu’il ne le supprime, parce que le mécanisme censé vous éviter de vendre peut finir par vous y contraindre, au moment précis où vos titres valent le moins.
Et en Suisse, il s’y ajoute une conséquence fiscale que presque personne ne mentionne au moment de signer. Voici le mécanisme complet.
C’est un prêt bancaire garanti par la mise en gage de valeurs patrimoniales, le plus souvent un portefeuille de titres. Vous restez propriétaire de vos placements : ils ne sont pas vendus, ils ne changent pas de main, ils continuent de produire dividendes et intérêts. Ils sont simplement grevés d’un droit de gage au profit de la banque.
Deux formes coexistent, et elles ne servent pas le même usage. La limite en compte courant fonctionne comme une réserve : vous tirez ce dont vous avez besoin, quand vous en avez besoin, et vous ne payez d’intérêts que sur le montant effectivement utilisé. L’avance à terme fixe est un montant déterminé, emprunté pour une durée convenue, généralement de un à douze mois, à un taux fixé d’avance.
Les usages légitimes sont réels. Financer un besoin de trésorerie temporaire sans liquider un portefeuille à un moment défavorable. Saisir une opportunité d’investissement sans attendre. Faire le pont entre deux opérations immobilières. Dans tous ces cas, le crédit lombard remplit exactement sa fonction.
Un usage l’est beaucoup moins : emprunter pour investir davantage. C’est de l’effet de levier, il amplifie les gains et les pertes dans la même proportion, et il ajoute les deux risques développés plus bas.
Jamais la valeur totale de votre portefeuille. La banque applique à chaque position un taux d’avance, c’est-à-dire un pourcentage de sa valeur de marché qu’elle accepte de financer. L’écart entre les deux constitue sa marge de sécurité, destinée à absorber une baisse des cours.
Ce taux dépend directement de la liquidité et de la volatilité de l’actif. À titre d’ordre de grandeur, et ces niveaux varient fortement d’un établissement à l’autre : les liquidités et les obligations de très bonne qualité sont retenues à des taux élevés, de l’ordre de 85 à 95 % ; un portefeuille d’actions diversifiées se situe plutôt dans une fourchette de 50 à 70 % ; les titres concentrés, peu liquides ou très volatils tombent nettement plus bas, quand ils ne sont pas simplement refusés.
Trois règles qui en découlent et qu’il faut avoir en tête avant de négocier.
Côté coût, le taux se compose d’un taux de référence du marché monétaire en francs, majoré d’une marge négociée selon le montant, la qualité du collatéral et la relation bancaire.
Retenez le point structurel plutôt que le niveau du jour : ce taux est variable. Il suit les décisions de politique monétaire, et un crédit confortable aujourd’hui peut devenir coûteux dans deux ans sans que vous ayez rien changé.
C’est le coeur du sujet, et c’est ce qui transforme un outil de souplesse en piège.
Le mécanisme. Votre limite de crédit dépend de la valeur de marché des titres nantis. Si cette valeur baisse, la couverture se dégrade. Lorsqu’elle passe sous un seuil contractuel, la banque déclenche un appel de marge : vous devez soit rembourser une partie du crédit, soit apporter des garanties supplémentaires, dans un délai généralement très court, de l’ordre de quelques jours ouvrables. À défaut, la banque est autorisée à réaliser les titres mis en gage, c’est-à-dire à les vendre, sans que vous choisissiez lesquels ni à quel prix.
Prenons un cas chiffré. Un portefeuille d’actions diversifiées de 500 000 francs, un taux d’avance de 60 %, un crédit utilisé de 300 000 francs. Le marché recule de 25 %, scénario parfaitement ordinaire sur une classe d’actifs actions. Le portefeuille vaut désormais 375 000 francs, et la capacité d’avance correspondante tombe à 225 000 francs, pour un crédit utilisé de 300 000. L’écart doit être comblé immédiatement, par un remboursement ou un apport. Si vous n’avez pas 75 000 francs disponibles, la banque vend.
Et voici pourquoi c’est le pire scénario possible. Vous aviez contracté ce crédit précisément pour ne pas vendre vos titres. Le mécanisme vous fait vendre quand même, mais au plus mauvais moment, après la baisse, en cristallisant la perte, et en vous privant du rebond éventuel. La vente forcée n’est pas un incident de parcours : c’est la conséquence logique du dispositif.
La règle pratique que je retiens : ne jamais utiliser la totalité de la limite accordée. Emprunter la moitié de ce que la banque autorise laisse une marge d’absorption qui évite l’appel de marge dans la plupart des scénarios. La limite accordée n’est pas un objectif, c’est un plafond.
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Ils sont propres au droit suisse, et ils ne figurent dans aucune plaquette de banque.
Premier piège, et il peut coûter très cher : le recours à des fonds empruntés est l’un des cinq critères que l’Administration fédérale des contributions examine pour déterminer si vous êtes un commerçant professionnel de titres. Ce critère est respecté lorsque vous n’investissez pas avec des fonds étrangers, ou lorsque les rendements imposables de vos titres dépassent la part proportionnelle des intérêts passifs correspondants. Si ce n’est pas le cas, la protection tombe et le fisc apprécie l’ensemble de votre situation.
La conséquence est brutale : en cas de requalification, vos gains de cours cessent d’être exonérés et deviennent un revenu d’activité indépendante, imposé au barème et soumis aux cotisations sociales. Un lombard qui finance des positions de croissance ne versant pas de dividendes vous expose directement. Un lombard adossé à un portefeuille de rendement peut au contraire rester compatible avec le critère.
Second piège, moins grave mais systématiquement ignoré : la déduction des intérêts passifs est plafonnée. Pour un investisseur privé, elle est limitée au rendement brut de la fortune augmenté de 50 000 francs. Au-delà, les intérêts que vous payez ne sont plus déductibles. Et attention à l’illusion symétrique : renoncer à déduire vos intérêts passifs ne vous protège pas de la requalification, l’administration l’a explicitement écarté.
Un point de clarification pour finir, parce que la confusion est fréquente. La mise en gage d’avoirs de prévoyance pour financer un logement est un dispositif entièrement différent, régi par le droit de la prévoyance, avec ses propres conditions et ses propres conséquences. Ne confondez pas les deux mécanismes : ils n’ont en commun que le mot nantissement.
Ma position est simple. Le crédit lombard est un bon outil de trésorerie et un mauvais outil de performance.
Il se justifie quand vous avez un besoin ponctuel, identifié et daté, et que vendre vos titres à cet instant précis serait coûteux, fiscalement ou économiquement. Il se justifie beaucoup moins quand il sert à augmenter votre exposition aux marchés, parce que vous ajoutez alors un risque de liquidation forcée et un risque fiscal à un risque de marché que vous supportiez déjà.
Cinq conditions avant de signer.
Le crédit lombard fait exactement ce qu’il promet : il vous donne des liquidités sans vendre vos titres. Mais il remplace un choix volontaire par une contrainte automatique, puisque c’est désormais le marché, et non vous, qui décidera du moment où vous vendrez. En Suisse, il faut y ajouter un risque fiscal réel sur l’exonération de vos gains en capital.
Chez Century Finance, nous chiffrons l’appel de marge et le risque de requalification avant de regarder le taux proposé. Si l’on vous propose un crédit lombard, ou si vous en détenez un, faites analyser votre situation.
Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.
Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.
C'est un prêt bancaire garanti par la mise en gage de valeurs patrimoniales, le plus souvent un portefeuille de titres. Vous restez propriétaire de vos placements : ils ne sont pas vendus et continuent de produire dividendes et intérêts, mais ils sont grevés d'un droit de gage au profit de la banque. Il existe sous deux formes : la limite en compte courant, où vous ne payez d'intérêts que sur le montant utilisé, et l'avance à terme fixe, pour une durée et un taux convenus.
Jamais la valeur totale du portefeuille. Elle applique à chaque position un taux d'avance, c'est-à-dire un pourcentage de sa valeur de marché qu'elle accepte de financer, l'écart constituant sa marge de sécurité. Les liquidités et les obligations de très bonne qualité sont retenues à des taux élevés, un portefeuille d'actions diversifiées à des taux sensiblement inférieurs, et les titres concentrés ou peu liquides encore moins, quand ils ne sont pas refusés. Les actifs non cotés sont exclus de l'assiette.
Si la valeur des titres nantis baisse, la couverture du crédit se dégrade. Lorsqu'elle passe sous un seuil contractuel, la banque déclenche un appel de marge : vous devez soit rembourser une partie du crédit, soit apporter des garanties supplémentaires, dans un délai généralement très court. À défaut, la banque est autorisée à réaliser les titres mis en gage, c'est-à-dire à les vendre, sans que vous choisissiez lesquels ni à quel prix.
En n'utilisant jamais la totalité de la limite accordée : c'est un plafond, pas un objectif. Emprunter la moitié de ce que la banque autorise laisse une marge d'absorption qui évite le déclenchement dans la plupart des scénarios. Simulez systématiquement une baisse de 30 % de votre portefeuille et vérifiez que vous pourriez répondre sans vendre.
Oui, c'est un risque réel en Suisse. Le recours à des fonds empruntés est l'un des cinq critères que l'Administration fédérale des contributions examine pour déterminer si vous exercez un commerce professionnel de titres. Le critère reste respecté si les rendements imposables de vos titres dépassent la part proportionnelle des intérêts passifs correspondants. À défaut, la protection tombe, et une requalification transformerait vos gains de cours exonérés en revenu imposable soumis aux cotisations sociales.
Dans une limite précise. Pour un investisseur privé, la déduction des intérêts passifs est plafonnée au rendement brut de la fortune augmenté de 50 000 francs. Au-delà, les intérêts payés ne sont plus déductibles. Attention également à une illusion fréquente : renoncer à déduire ses intérêts passifs ne protège pas d'une requalification en commerçant professionnel de titres.
Non, et la confusion est fréquente. La mise en gage d'avoirs de prévoyance pour financer un logement est un dispositif entièrement différent, régi par le droit de la prévoyance, avec ses propres conditions et ses propres conséquences fiscales et successorales. Les deux mécanismes n'ont en commun que le mot nantissement.
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