Économie, inflation et BNS : quels effets sur votre épargne ?

Courbe de l'érosion du pouvoir d'achat d'une épargne en francs suisses selon différents niveaux d'inflation annuelle
Réponse express

Un compte d'épargne n'est pas sans risque, il est sans volatilité

Selon les chiffres publiés par la Banque nationale suisse, une inflation annuelle de 2 % divise la valeur réelle d'une fortune par deux en trente-cinq ans. À 1 %, il faut soixante-dix ans ; à 5 %, quinze ans suffisent. C'est le risque principal du capital dormant, et il est invisible parce qu'il est lent.

  • Le mandat de la BNS, inscrit dans la loi, est d'assurer la stabilité des prix en tenant compte de l'évolution de la conjoncture. Elle assimile cette stabilité à une hausse annuelle de l'indice des prix à la consommation inférieure à 2 %, la déflation étant également contraire à son objectif.
  • Son instrument principal est le taux directeur, introduit sous cette forme en juin 2019, complété par des interventions sur le marché des changes. Les décisions sont prises lors d'examens trimestriels.
  • Quand les taux montent, les obligations existantes perdent de la valeur et les valorisations des actions se contractent, car les bénéfices futurs sont actualisés plus sévèrement.
  • Quand les taux baissent, l'inverse se produit, mais la rémunération de l'épargne bancaire devient proche de zéro, et négative une fois l'inflation déduite.
  • Particularité suisse : un franc fort rend les importations moins chères et contient l'inflation intérieure, mais il pèse sur la valeur en francs de vos placements en devises étrangères.
Faire analyser ma situation

Sommaire :

Une inflation de 2 % par an divise la valeur réelle de votre fortune par deux en trente-cinq ans. À 5 %, quinze ans suffisent. Ces chiffres ne sont pas une estimation militante : ils sont publiés par la Banque nationale suisse, précisément pour expliquer pourquoi la stabilité des prix est son mandat.

Comprendre quelques mécanismes économiques ne relève donc pas de la culture générale : c’est ce qui permet de voir que le placement le plus prudent en apparence est parfois le plus coûteux.

Comment les prix se forment-ils ?

Tout part d’un mécanisme élémentaire. L’offre représente ce que les producteurs acceptent de vendre à un prix donné, la demande ce que les acheteurs acceptent d’acquérir. Le prix qui équilibre les deux est le prix de marché.

Lorsque la demande augmente plus vite que l’offre, les prix montent. Lorsque l’offre se contracte, par exemple à la suite d’une rupture d’approvisionnement, les prix montent également, mais pour une raison toute différente. Cette distinction est capitale, et nous y reviendrons : une hausse des prix tirée par une demande vigoureuse n’appelle pas la même réaction qu’une hausse tirée par un renchérissement des coûts.

Un marché fonctionne d’autant mieux que l’information circule et que les acteurs sont nombreux. Quand ce n’est pas le cas, l’intervention publique se justifie. C’est la logique de l’économie de marché régulée qui prévaut en Suisse : l’État fixe le cadre, finance ce que le marché ne produit pas spontanément, et corrige certains effets, sans se substituer aux acteurs privés.

Qu’est-ce que la conjoncture, et pourquoi la suivre ?

La conjoncture décrit la position de l’économie dans son cycle. Expansion, surchauffe, ralentissement, récession, puis reprise. La mesure de référence est le produit intérieur brut, qui additionne la valeur de tout ce qui est produit dans le pays sur une période.

La croissance du PIB se décompose en deux éléments qu’il faut séparer. La croissance en volume, qui traduit une production réellement supérieure. Et la croissance nominale, qui inclut la simple hausse des prix. Une économie dont le PIB nominal progresse de 3 % avec une inflation de 3 % n’a produit strictement rien de plus.

Pour un investisseur, deux enseignements pratiques.

  • La bourse anticipe, elle ne constate pas. Les marchés réagissent à ce qu’ils anticipent, pas à ce qui vient d’être publié. C’est pourquoi les actions montent souvent avant la fin d’une récession et reculent parfois pendant une période de bonnes nouvelles.
  • Et les cycles ne se prévoient pas de façon exploitable. Les points de retournement ne sont identifiés qu’après coup, dans les statistiques révisées. Construire une allocation sur une prévision de cycle revient à parier, pas à investir.

Inflation et déflation : qu’est-ce qui est réellement en jeu ?

L’inflation est une hausse persistante du niveau général des prix, mesurée en Suisse par l’indice des prix à la consommation, qui suit le coût d’un panier représentatif de biens et de services.

Trois origines possibles, et elles n’ont pas les mêmes conséquences. L’inflation par la demande, quand la consommation et l’investissement progressent plus vite que les capacités de production. L’inflation par les coûts, lorsque les salaires, l’énergie ou les matières premières renchérissent. Et l’inflation importée, qui passe par le prix des biens achetés à l’étranger et donc par le taux de change.

Ce dernier point est une particularité suisse qu’il faut avoir en tête. Un franc fort rend les importations moins chères et contient donc mécaniquement l’inflation intérieure. C’est l’une des raisons structurelles pour lesquelles l’inflation suisse est historiquement plus basse que celle de ses voisins. La contrepartie existe : la même force du franc pèse sur les exportateurs et sur la valeur, convertie en francs, de vos placements libellés en devises étrangères.

La déflation est le phénomène inverse, et elle n’est pas une bonne nouvelle. Quand les prix baissent durablement, les ménages reportent leurs achats, les entreprises réduisent leurs investissements, et le poids réel des dettes augmente, puisque l’on rembourse avec une monnaie devenue plus précieuse. La Banque nationale considère explicitement la déflation comme contraire à son objectif, au même titre qu’une inflation excessive.

Et voici ce qui vous concerne directement. La Banque nationale publie elle-même l’ordre de grandeur de l’érosion monétaire : avec une inflation annuelle de 1 %, votre fortune perd la moitié de sa valeur en soixante-dix ans. Avec 2 %, en trente-cinq ans. Avec 5 %, en quinze ans. Un compte d’épargne n’est donc pas un placement sans risque, il est un placement sans volatilité, ce qui n’est pas du tout la même chose. Son risque est lent et invisible, et il porte un nom : la perte de pouvoir d’achat.

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Que fait la Banque nationale suisse, et pourquoi ?

Son mandat est inscrit dans la loi sur la Banque nationale : elle assure la stabilité des prix, en tenant compte de l’évolution de la conjoncture. Ce mandat est volontairement bref, et il est hiérarchisé : la stabilité des prix prime, la conjoncture est un paramètre à considérer.

La BNS assimile la stabilité des prix à une hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation inférieure à 2 %, en précisant que la déflation lui est également contraire. Sa stratégie, en vigueur depuis 2000, repose sur trois piliers : cette définition, une prévision d’inflation conditionnelle portant sur les trois années suivantes, et la manière dont elle met en oeuvre sa politique en influant sur les taux d’intérêt et sur le cours du franc.

Son instrument principal est le taux directeur, introduit sous cette forme en juin 2019. En le modifiant, la BNS influence le niveau des taux à court terme, le coût du crédit et, indirectement, le cours du franc. Elle complète cet instrument par des interventions sur le marché des changes, sans viser un cours précis.

La mécanique est simple à retenir. Lorsque l’inflation prévue menace de s’installer durablement au-dessus de 2 %, la BNS resserre sa politique en relevant son taux. Lorsque les prix reculent durablement, elle l’assouplit. Les décisions sont prises lors d’examens trimestriels de la situation économique et monétaire.

Deux conséquences patrimoniales directes, et elles expliquent beaucoup de ce que vous observez.

Quand les taux montent, les obligations existantes perdent de la valeur et les valorisations des actions se contractent, parce que les bénéfices futurs sont actualisés plus sévèrement. Quand les taux baissent, l’inverse se produit. C’est le canal par lequel une décision de politique monétaire atteint votre portefeuille en quelques heures.

Et le taux directeur fixe le plancher de rémunération de votre épargne bancaire. Dans un environnement de taux très bas, le rendement nominal d’un compte est proche de zéro, et le rendement réel, après inflation, devient négatif. Ce n’est pas un défaut de votre banque, c’est la conséquence directe du niveau des taux.

À titre de repère, et cette information se périme : lors de ses décisions de 2026, la BNS a maintenu son taux directeur à 0 %, niveau atteint en juin 2025, avec une inflation contenue sous la barre des 2 %. Vérifiez la situation actuelle avant toute décision, la politique monétaire évolue trimestre par trimestre.

Que faut-il en retenir pour vos décisions ?

Quatre conséquences pratiques, et elles valent davantage que la compréhension théorique.

  • Raisonnez toujours en rendement réel, après inflation et après impôt. Un placement à 1 % dans une économie à 1,5 % d’inflation vous appauvrit lentement. C’est le seul calcul qui compte sur un horizon long, et c’est celui que presque personne ne fait.
  • Ne construisez pas votre allocation sur une prévision macroéconomique. Les banques centrales elles-mêmes travaillent avec des prévisions conditionnelles régulièrement révisées. Une allocation doit tenir dans plusieurs scénarios, pas dans un seul.
  • Distinguez l’absence de volatilité de l’absence de risque. Les liquidités ne bougent pas, et c’est précisément pour cela qu’elles s’érodent sans que personne ne s’en aperçoive. Une réserve de sécurité est indispensable ; au-delà, le capital dormant a un coût.
  • Et rappelez-vous que l’enveloppe fiscale pèse davantage que la conjoncture. Vous ne contrôlez ni l’inflation, ni les taux, ni le cycle. Vous contrôlez entièrement la structure dans laquelle votre épargne est logée, et l’écart de résultat qu’elle produit sur vingt ans dépasse de loin celui d’un bon ou d’un mauvais timing.

Conclusion : l’économie décide de la valeur de ce que vous détenez

Vous n’avez aucune prise sur l’inflation, les taux ou la croissance. Mais ces trois variables décident de ce que votre épargne vaudra réellement dans vingt ans, et il est donc indispensable de comprendre par quel canal elles agissent : l’érosion du pouvoir d’achat pour les liquidités, l’actualisation pour les actions et les obligations, le change pour les placements en devises.

Chez Century Finance, nous raisonnons en rendement réel net d’impôt, et nous construisons des allocations qui tiennent dans plusieurs scénarios plutôt que dans un seul. Si votre épargne dort sur un compte et que vous n’avez jamais calculé ce qu’elle vous coûte réellement, faites analyser votre situation.

En résumé, voici 3 points clés

  • L’inflation est le risque principal du capital dormant : selon les chiffres publiés par la Banque nationale, une inflation de 2 % par an divise la valeur réelle d’une fortune par deux en trente-cinq ans, et 5 % suffisent à le faire en quinze ans.
  • La BNS a pour mandat légal d’assurer la stabilité des prix en tenant compte de la conjoncture, et elle assimile cette stabilité à une hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation inférieure à 2 %. Son instrument principal est le taux directeur.
  • Quand les taux montent, les obligations perdent de la valeur et les valorisations des actions se contractent. Quand ils baissent, l’inverse se produit, mais la rémunération de l’épargne bancaire devient proche de zéro, et négative une fois l’inflation déduite.

Pour aller plus loin

Fares Yakoubi, fondateur de Century Finance, conseiller financier à Genève
L'auteur

Fares Yakoubi

Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.

Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.

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FAQ : inflation, taux et politique monétaire

Combien l'inflation me coûte-t-elle réellement ?

La Banque nationale suisse publie elle-même l'ordre de grandeur : avec une inflation annuelle de 1 %, une fortune perd la moitié de sa valeur réelle en soixante-dix ans ; avec 2 %, en trente-cinq ans ; avec 5 %, en quinze ans. C'est la raison pour laquelle le capital laissé sur un compte bancaire n'est pas à l'abri : il ne varie pas, mais il s'érode.

Quel est le mandat de la Banque nationale suisse ?

Il est inscrit dans la loi sur la Banque nationale : elle assure la stabilité des prix, en tenant compte de l'évolution de la conjoncture. Le mandat est hiérarchisé, la stabilité des prix primant sur le soutien à la conjoncture. La BNS assimile cette stabilité à une hausse annuelle de l'indice des prix à la consommation inférieure à 2 %, et considère que la déflation lui est également contraire.

Comment la BNS agit-elle sur l'économie ?

Principalement par son taux directeur, introduit sous cette forme en juin 2019. En le modifiant, elle influence le niveau des taux d'intérêt à court terme, le coût du crédit et, indirectement, le cours du franc. Elle complète cet instrument par des interventions sur le marché des changes, sans viser un cours précis. Ses décisions sont prises lors d'examens trimestriels de la situation économique et monétaire.

Pourquoi mon portefeuille baisse-t-il quand les taux montent ?

Pour deux raisons simultanées. Les obligations existantes, dont le coupon a été fixé avant la hausse, deviennent moins attractives que les nouvelles émissions : leur prix baisse jusqu'à ce que leur rendement rejoigne celui du marché. Et la valeur des actions repose sur l'actualisation des bénéfices futurs : un taux d'actualisation plus élevé réduit mécaniquement la valeur présente de ces bénéfices, d'autant plus fortement qu'ils sont lointains.

La déflation est-elle une bonne nouvelle pour les consommateurs ?

Non. Lorsque les prix baissent durablement, les ménages reportent leurs achats dans l'attente de prix encore plus bas, les entreprises réduisent leurs investissements, et le poids réel des dettes augmente puisque l'on rembourse avec une monnaie devenue plus précieuse. La Banque nationale considère explicitement la déflation comme contraire à son objectif de stabilité des prix.

Pourquoi l'inflation suisse est-elle plus faible qu'ailleurs ?

L'une des raisons structurelles est la force du franc. Un franc fort rend les biens importés moins chers en monnaie locale, ce qui contient mécaniquement l'inflation intérieure. La contrepartie existe : la même force du franc pèse sur les exportateurs suisses et réduit, une fois converties en francs, les performances de vos placements libellés en devises étrangères.

Faut-il ajuster ses placements selon la conjoncture ?

Avec beaucoup de prudence. Les points de retournement du cycle ne sont identifiés qu'après coup, dans des statistiques révisées, et les marchés anticipent plutôt qu'ils ne constatent : les actions montent souvent avant la fin d'une récession. Une allocation doit donc tenir dans plusieurs scénarios plutôt que reposer sur une prévision unique. Ce que vous contrôlez réellement, ce n'est ni l'inflation ni les taux, mais la structure et l'enveloppe fiscale de votre épargne.

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