Un fonds actif cherche à battre un indice, un fonds passif à le répliquer. Sur dix ans, l'étude SPIVA de S&P Dow Jones Indices montre que la grande majorité des fonds actions actifs sont battus par leur indice de référence, nette de frais : autour de 87 % pour les fonds actions européens selon l'édition de fin 2024.
Votre conseiller vous propose un fonds géré activement. Il ne vous dit pas deux choses. La première : sur dix ans, la grande majorité des fonds actions actifs européens font moins bien que leur indice de référence, frais déduits. La seconde : selon le mode de rémunération en place, ce fonds peut lui rapporter une commission que le fonds indiciel équivalent ne lui rapporterait pas.
Voici ce que disent réellement les données, pourquoi l’arithmétique est implacable, et les trois cas où la gestion active garde du sens.
Elle tient à l’objectif, pas à la technique.
- Un fonds actif cherche à battre un indice de référence. Le gérant sélectionne les titres, module les pondérations, entre et sort. Il facture cette expertise, et il doit donc produire une surperformance au moins égale à son surcoût pour créer de la valeur.
- Un fonds passif cherche à répliquer un indice. Il ne fait aucun pari, il reproduit la composition de l’indice aussi fidèlement que possible. Il ne battra jamais le marché, par construction, et il ne s’en effondrera jamais très loin non plus.
Une précision de vocabulaire utile, parce que les deux termes sont souvent confondus : un ETF n’est pas synonyme de gestion passive. ETF désigne un mode de cotation, un fonds négociable en bourse en continu. La plupart des ETF sont indiciels, mais il existe des ETF actifs, et il existe des fonds indiciels non cotés, très répandus dans les caisses de pension suisses.
C’est ici que le débat cesse d’être une affaire d’opinion.
Depuis 2002, S&P Dow Jones Indices publie l’étude SPIVA, qui mesure la part des fonds actifs battus par leur indice de référence, nette de frais, sur des fenêtres de 1, 3, 5 et 10 ans. Les résultats sont constants dans le temps et dans toutes les régions : sur dix ans, l’écrasante majorité des fonds actions actifs sous-performent. Le SPIVA Europe publié fin 2024 situe cette proportion autour de 87 % pour les fonds actions européens, avec des sous-segments où elle dépasse 90 %.
Deux précisions honnêtes sur la lecture de ces chiffres.
Le biais du survivant joue contre la gestion active, pas pour elle. Sur dix ans, une part importante des fonds disparaît, absorbés ou liquidés, et ce sont rarement les meilleurs. Le taux de survie des fonds actions Europe sur dix ans tourne autour de 57 % selon la même étude. Les fonds qui ont mal performé sortent donc de l’échantillon, ce qui flatte mécaniquement les moyennes affichées par l’industrie.
La performance ne persiste pas. Les fonds qui battent leur indice une année ne sont presque jamais les mêmes l’année suivante. C’est la faille de l’argument le plus employé par les vendeurs : oui, quelques gérants surperforment, mais rien ne permet de les identifier à l’avance, et les performances passées ne les prédisent pas.
La raison est mathématique avant d’être une question de talent.
Les investisseurs détiennent collectivement l’ensemble du marché. Avant frais, la performance moyenne de tous les investisseurs est donc, par définition, celle du marché. Après frais, l’investisseur moyen fait nécessairement moins bien que le marché, et l’écart est exactement égal aux frais supportés. Ce n’est pas une théorie, c’est une identité comptable.
Il en découle que plus les frais sont élevés, plus la probabilité de battre l’indice sur longue période s’effondre. Un fonds actif qui facture un point et demi de plus par an qu’un fonds indiciel doit produire un point et demi de surperformance brute chaque année, simplement pour faire jeu égal. Sur vingt ans, l’écart cumulé devient considérable.
D’où une règle que je recommande d’appliquer systématiquement : regardez le coût total en francs sur votre horizon de placement, pas le pourcentage annuel. Un écart de frais de 1,2 % par an sur 300 000 francs pendant vingt ans ne se raisonne pas en pourcentage, il se calcule.
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Voici l’information qui manque à la plupart des discussions actif contre passif, et elle est propre au droit suisse.
Les fonds activement gérés versent des commissions de distribution aux intermédiaires qui les placent. Les fonds indiciels et les ETF, en général, non ou beaucoup moins. Il existe donc, structurellement, une incitation financière à vous proposer le premier plutôt que le second.
Le droit suisse a encadré cette pratique par une jurisprudence constante du Tribunal fédéral. En 2006, la Cour suprême a jugé que les rétrocessions perçues par un gérant de fortune doivent en principe être restituées au client, sur la base de l’article 400 alinéa 1 du Code des obligations (ATF 132 III 460). En 2012, elle a étendu cette obligation aux commissions de distribution perçues lors de l’acquisition de parts de fonds de placement et de produits structurés dans le cadre d’un mandat de gestion, et ce indépendamment du fait que ces commissions soient versées par une société du groupe ou par un tiers (ATF 138 III 755).
Une renonciation reste possible, mais elle est strictement encadrée : le client doit avoir été informé de manière complète et véridique, ce qui suppose de connaître les paramètres des conventions de rétrocession et l’ordre de grandeur des montants attendus, puis avoir expressément accepté que le prestataire les conserve (ATF 137 III 393). Le Tribunal fédéral a par ailleurs retenu une prescription décennale du droit à restitution, à compter du paiement.
Trois conséquences pratiques pour vous.
Demandez par écrit à votre intermédiaire s’il perçoit des rétrocessions sur les fonds qu’il vous propose, et leur ordre de grandeur en pourcentage des montants investis. La question est parfaitement légitime et la réponse doit être documentée.
Relisez votre mandat de gestion : une clause de renonciation y figure peut-être, et sa validité dépend de la qualité de l’information qui vous a été donnée.
Et comparez le coût total, rétrocessions incluses, pas seulement les frais de gestion affichés dans la fiche du fonds.
Si vous retenez un fonds indiciel, quatre critères comptent plus que le nom de l’émetteur.
La méthode de réplication. La réplication physique détient réellement les titres de l’indice, intégralement ou par échantillonnage. La réplication synthétique passe par un contrat d’échange avec une contrepartie bancaire : elle suit parfois mieux l’indice, mais elle ajoute un risque de contrepartie que la réplication physique n’a pas.
L’écart de suivi réellement constaté, et non les frais affichés. Un fonds peu cher qui suit mal son indice coûte davantage qu’un fonds légèrement plus cher qui le suit bien.
La taille et la liquidité du fonds, qui déterminent l’écart entre prix d’achat et prix de vente que vous supporterez à chaque transaction.
Et le domicile du fonds, qui décide du traitement de l’impôt anticipé, du droit de timbre et de la récupération des retenues à la source étrangères. Sur un placement de long terme, ce paramètre pèse souvent plus lourd qu’un écart de quelques centièmes de frais.
Si l’on vous propose un fonds actif, un contrôle supplémentaire s’impose : vérifiez qu’il est réellement actif. Une partie des fonds facturés comme actifs détiennent en réalité un portefeuille très proche de leur indice, une pratique connue sous le nom d’indexation cachée. Vous payez alors le prix d’une gestion active pour obtenir un résultat indiciel, diminué des frais. Comparez la composition du portefeuille à celle de l’indice avant de signer.
Trois, et il faut les nommer honnêtement.
Les marchés peu couverts et peu liquides, où l’information circule mal et où l’écart entre les acteurs bien informés et les autres reste réel. C’est l’inverse des grandes capitalisations américaines, le segment le plus efficient au monde et celui où la gestion active échoue le plus massivement.
Certains segments obligataires, où répliquer un indice pondéré par la dette revient à surpondérer les émetteurs les plus endettés, ce qui n’a pas beaucoup de sens économique.
Les contraintes spécifiques, éthiques, sectorielles ou patrimoniales, qu’aucun indice standard ne satisfait.
En dehors de ces cas, la charge de la preuve incombe à celui qui vend la gestion active. Et le vrai sujet n’est pas là. Sur un patrimoine moyen, l’écart de résultat entre détenir les mêmes fonds dans une enveloppe de prévoyance plutôt que sur un compte titres ordinaire dépasse largement l’écart entre un bon fonds actif et un bon fonds indiciel. L’enveloppe pèse plus lourd que le produit.
Personne ne sait quels gérants surperformeront sur dix ans. En revanche, les frais, eux, sont connus d’avance, certains, et se cumulent chaque année. C’est le seul élément de l’équation que vous maîtrisez entièrement, et c’est pour cela qu’il doit guider la décision plutôt que les performances passées.
Chez Century Finance, nous chiffrons les frais cumulés en francs sur l’horizon réel du client, rétrocessions comprises, avant de comparer quoi que ce soit d’autre. Si vous détenez des fonds sans savoir ce qu’ils vous coûtent réellement, faites analyser votre portefeuille.
Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.
Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.
Très peu sur longue période. L'étude SPIVA, publiée depuis 2002 par S&P Dow Jones Indices, mesure la part des fonds actifs battus par leur indice de référence, nette de frais. Selon l'édition Europe de fin 2024, environ 87 % des fonds actions actifs européens sous-performent sur dix années glissantes, et la proportion dépasse 90 % sur certains sous-segments. Les résultats sont constants d'une année et d'une région à l'autre.
Pour une raison arithmétique avant d'être une question de talent. Les investisseurs détiennent collectivement l'ensemble du marché : avant frais, leur performance moyenne est donc par définition celle du marché. Après frais, l'investisseur moyen fait nécessairement moins bien, d'un écart exactement égal aux frais supportés. Plus les frais sont élevés, plus la probabilité de battre l'indice sur longue période diminue.
Non, et la confusion est fréquente. ETF désigne un mode de cotation : un fonds négociable en bourse en continu. La plupart des ETF sont indiciels, mais il existe des ETF gérés activement, et à l'inverse des fonds indiciels non cotés, très utilisés notamment par les caisses de pension suisses.
C'est une commission versée par un fournisseur de produits à l'intermédiaire qui les place, notamment sur les fonds activement gérés. En droit suisse, le Tribunal fédéral a jugé en 2006 que les rétrocessions perçues par un gérant de fortune doivent en principe être restituées au client, sur la base de l'article 400 alinéa 1 du Code des obligations, et a étendu cette obligation en 2012 aux commissions de distribution sur parts de fonds et produits structurés. Une renonciation reste possible mais suppose une information complète, incluant l'ordre de grandeur des montants attendus, et une acceptation expresse.
Demandez-le par écrit, en sollicitant l'existence de ces commissions et leur ordre de grandeur en pourcentage des montants investis. La question est parfaitement légitime et la réponse doit être documentée. Relisez également votre mandat de gestion : une clause de renonciation peut y figurer, et sa validité dépend de la qualité de l'information qui vous a été donnée.
Quatre critères priment sur le nom de l'émetteur : la méthode de réplication, physique ou synthétique, cette dernière ajoutant un risque de contrepartie ; l'écart de suivi réellement constaté, plus important que les frais affichés ; la taille et la liquidité du fonds, qui déterminent l'écart entre prix d'achat et prix de vente ; et le domicile du fonds, qui décide du traitement de l'impôt anticipé, du droit de timbre et de la récupération des retenues étrangères.
Oui, dans trois cas. Les marchés peu couverts et peu liquides, où l'information circule mal et où un écart d'analyse reste exploitable. Certains segments obligataires, où répliquer un indice pondéré par la dette revient à surpondérer les émetteurs les plus endettés. Et les contraintes spécifiques, éthiques, sectorielles ou patrimoniales, qu'aucun indice standard ne satisfait. En dehors de ces cas, la charge de la preuve incombe à celui qui vend la gestion active.
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