Un fonds de placement met en commun l'argent de nombreux investisseurs dans un patrimoine géré selon une politique définie à l'avance. Chacun détient des parts au prorata de son apport, et accède ainsi à une diversification impossible à construire seul avec quelques milliers de francs.
Le fonds de placement est le produit financier le plus vendu en Suisse, et l’un des moins bien compris. La plupart des souscripteurs savent qu’ils détiennent des parts, qu’un gérant décide et qu’il y a des frais quelque part. Presque personne ne sait que le prix auquel il achète n’est pas connu au moment où il passe son ordre, ni que les frais affichés ne sont pas les frais totaux. Voici la mécanique réelle, et les trois points à contrôler avant de souscrire.
C’est une mise en commun. Un grand nombre d’investisseurs apportent de l’argent dans un patrimoine collectif, géré selon une politique de placement définie à l’avance. Chacun détient des parts proportionnelles à son apport, et les revenus comme les plus-values lui reviennent au prorata.
L’intérêt tient en trois mots. La diversification : avec quelques milliers de francs, vous accédez à un portefeuille de centaines de lignes qu’il serait impossible de constituer seul. La gestion professionnelle, déléguée à une direction de fonds soumise à des règles. Et l’accessibilité, puisque le ticket d’entrée se compte en centaines de francs plutôt qu’en centaines de milliers.
Le droit suisse connaît plusieurs formes juridiques de placement collectif, dont le fonds de placement contractuel, la forme la plus répandue, et la SICAV, société d’investissement à capital variable. La différence est juridique plus qu’économique pour l’investisseur privé : dans le premier cas vous êtes partie à un contrat de placement collectif, dans le second vous êtes actionnaire d’une société. Le fonctionnement quotidien est le même.
Distinction plus utile en pratique : un fonds ouvert émet et rachète des parts en permanence, ce qui est le cas de la quasi-totalité des fonds vendus aux particuliers. Un fonds fermé a un nombre de parts fixe, et sortir suppose de trouver un acheteur.
Trois acteurs interviennent, et leur séparation est le coeur de la sécurité juridique du produit.
Voici le point décisif, et il justifie à lui seul le choix d’un fonds plutôt que d’un produit qui lui ressemble : la fortune du fonds est distincte de celle de la direction et de celle de la banque dépositaire. En cas de faillite de l’une ou de l’autre, les avoirs du fonds ne tombent pas dans la masse en faillite : ils appartiennent aux investisseurs.
Retenez la comparaison, parce qu’elle décide de votre risque réel. Un fonds vous rend copropriétaire d’un patrimoine séparé. Un produit structuré ou un ETC vous rend créancier d’une banque. Deux produits peuvent suivre exactement le même indice et ne pas offrir du tout la même protection en cas de défaillance de l’émetteur.
C’est la mécanique la plus mal comprise, et elle a une conséquence pratique immédiate.
La valeur nette d’inventaire, ou VNI, se calcule en prenant la valeur de marché de tous les actifs du fonds, en soustrayant ses engagements, puis en divisant par le nombre de parts en circulation. Pour un fonds ouvert classique, ce calcul est effectué une fois par jour, après la clôture des marchés.
La conséquence : vous ne connaissez pas le prix au moment où vous passez votre ordre. Sur un fonds traditionnel, l’ordre transmis avant une heure limite est exécuté à la valeur calculée en fin de journée, voire le lendemain selon le fonds. Vous achetez donc à un prix inconnu. C’est une différence majeure avec un ETF, négociable en continu en bourse, où vous voyez le prix et pouvez placer une limite.
Deux points complètent le tableau. La VNI est nette de frais courants : les frais de gestion sont prélevés dans le fonds, ils ne vous sont pas facturés séparément, ils réduisent simplement la valeur de votre part jour après jour. Et pour les fonds détenant des actifs peu liquides, immobilier direct ou obligations rarement traitées, la valorisation comporte une part d’estimation, ce qui explique une volatilité affichée artificiellement lisse.
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C’est ici que l’écart entre ce qui est affiché et ce qui est payé se creuse.
Le TER, ou taux de frais totaux, regroupe les frais courants prélevés dans le fonds : commission de gestion, frais de la banque dépositaire, frais d’audit et de publication. C’est le chiffre mis en avant dans la documentation, et c’est celui que tout le monde compare.
Mais le TER n’inclut pas tout. En restent notamment dehors les frais de transaction supportés par le fonds lorsqu’il achète et vend des titres, y compris les courtages et les droits de timbre. Un fonds qui fait tourner son portefeuille supporte donc des coûts réels qui n’apparaissent pas dans le chiffre affiché, et qui pèsent pourtant sur votre performance.
S’y ajoutent les frais que vous payez vous-même, à côté du fonds. Les commissions d’émission et de rachat, prélevées à l’entrée et parfois à la sortie. Les frais de courtage de votre banque si le fonds est acheté en bourse. Les droits de garde de votre dépôt titres. Et les éventuelles rétrocessions versées par le fonds à votre intermédiaire, qui n’apparaissent nulle part sur votre relevé.
La règle que je recommande d’appliquer : additionnez tout en francs, sur votre horizon réel de placement. Un écart de frais qui paraît négligeable en pourcentage annuel devient un montant à cinq chiffres sur vingt ans.
Un fonds mutualise les risques, il ne les supprime pas. Quatre méritent d’être nommés.
Le risque de marché, celui des actifs détenus, qui reste entier. Le risque de change lorsque le fonds investit hors du franc suisse, parfois couvert et parfois non, ce que la documentation précise. Le risque de liquidité, faible sur un fonds actions classique, réel sur un fonds immobilier ou obligataire spécialisé, où les rachats peuvent être suspendus dans des circonstances exceptionnelles. Et le risque de concentration, quand le portefeuille est peu diversifié malgré l’apparence de sécurité que donne le mot fonds.
Cinq contrôles avant de souscrire.
Un dernier point qui pèse plus lourd que tous les autres : l’enveloppe dans laquelle vous détenez le fonds. Les mêmes parts logées dans un pilier 3a échappent à l’impôt sur le revenu de leurs rendements, à l’impôt sur la fortune et à l’impôt anticipé pendant toute la durée du placement, tout en ouvrant une déduction du revenu imposable. Aucun arbitrage entre deux fonds comparables ne produit un écart de cette ampleur.
Le fonds de placement est l’un des rares produits financiers dont la structure juridique protège réellement l’investisseur, grâce à la séparation des patrimoines. Sa faiblesse n’est pas le produit, c’est l’opacité des coûts : un TER qui n’inclut pas tout, des commissions d’entrée variables selon le distributeur, et des rétrocessions invisibles sur votre relevé.
Chez Century Finance, nous reconstituons le coût total réel en francs avant de discuter de performance, et nous regardons l’enveloppe avant le produit. Si vous détenez des fonds sans savoir ce qu’ils vous coûtent, faites analyser votre portefeuille.
Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.
Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.
Il est protégé. La fortune du fonds est juridiquement distincte de celle de la direction de fonds et de celle de la banque dépositaire : en cas de faillite de l'une d'elles, les avoirs du fonds ne tombent pas dans la masse en faillite et restent la propriété des investisseurs. C'est la différence fondamentale avec un produit structuré ou un ETC, qui font de vous un créancier de leur émetteur.
Par la valeur nette d'inventaire : on prend la valeur de marché de tous les actifs du fonds, on soustrait ses engagements, et on divise par le nombre de parts en circulation. Pour un fonds ouvert classique, ce calcul intervient une fois par jour, après la clôture des marchés. La valeur obtenue est nette des frais courants, prélevés directement dans le fonds.
Parce que la valeur nette d'inventaire n'est calculée qu'après la clôture des marchés. Sur un fonds traditionnel, un ordre transmis avant l'heure limite est exécuté à la valeur calculée en fin de journée, voire le lendemain selon le fonds : vous achetez à cours inconnu. C'est une différence pratique majeure avec un ETF, négociable en continu en bourse, où vous voyez le prix et pouvez placer une limite.
Non. Le TER regroupe les frais courants prélevés dans le fonds, notamment la commission de gestion, les frais de la banque dépositaire, d'audit et de publication. Il exclut les frais de transaction supportés par le fonds lorsqu'il achète et vend des titres. S'y ajoutent, à votre charge, les commissions d'émission et de rachat, les droits de garde, le courtage éventuel et les rétrocessions versées à votre intermédiaire.
Un fonds ouvert émet et rachète des parts en permanence, en fonction des souscriptions et des rachats : c'est le cas de la quasi-totalité des fonds vendus aux particuliers. Un fonds fermé a un nombre de parts fixe, et sortir suppose de trouver un acheteur sur le marché, parfois avec une décote par rapport à la valeur des actifs.
Quatre principalement. Le risque de marché des actifs détenus, qui reste entier. Le risque de change lorsque le fonds investit hors du franc suisse, parfois couvert et parfois non. Le risque de liquidité, faible sur un fonds actions classique mais réel sur un fonds immobilier ou obligataire spécialisé, où les rachats peuvent être suspendus dans des circonstances exceptionnelles. Et le risque de concentration, quand le portefeuille est peu diversifié malgré l'appellation de fonds.
Lisez la politique de placement plutôt que le nom du fonds, qui ne dit rien du portefeuille réel. Demandez le document d'information destiné aux investisseurs privés, dont la remise est prévue avant la souscription. Vérifiez le domicile du fonds, qui décide du traitement de l'impôt anticipé, du droit de timbre et de la récupération des retenues étrangères. Vérifiez qu'il est autorisé à la distribution en Suisse auprès d'investisseurs non qualifiés. Et demandez par écrit l'existence et l'ordre de grandeur des rétrocessions.
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