Hedge funds : comment fonctionnent-ils vraiment ?

Courbe de valeur liquidative d'un hedge fund avec le niveau du high water mark et les périodes sans commission de performance
Réponse express

Un hedge fund n'est pas un fonds prudent, c'est un fonds libre

Hedge signifie couverture, mais le nom induit en erreur. Un hedge fund n'est pas une classe d'actifs : c'est un mode de gestion affranchi des contraintes du fonds traditionnel, avec vente à découvert, levier et instruments dérivés, et un objectif de rendement absolu plutôt que de battre un indice.

  • Quatre familles de stratégies : long/short equity (parier sur l'écart entre deux titres), relative value (exploiter la déformation d'un écart, souvent avec levier), global macro (positions sur taux, devises et indices), event-driven (fusions, restructurations, faillites).
  • Aucune ne cherche à capter la hausse générale du marché, ce qui explique leur intérêt en diversification et leur sous-performance apparente en marché haussier.
  • Les frais sont asymétriques : le modèle historique du 2 et 20 prélève environ 2 % des actifs même en cas de perte, plus environ 20 % des gains. Le gérant participe aux gains, jamais aux pertes.
  • Le high water mark empêche le gérant d'être payé deux fois sur le même argent : la commission de performance ne porte que sur ce qui dépasse le précédent sommet.
  • Le hurdle rate peut être dur ou mou. Sur 15 % de performance avec un seuil de 8 %, un hurdle dur fait payer la commission sur 7 %, un hurdle mou sur 15 %. Du simple au double.
  • Le risque principal est la liquidité : blocage initial, fenêtres de rachat limitées, possibilité de suspendre les retraits au pire moment.
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Sommaire :

Le nom induit en erreur depuis quarante ans. Hedge signifie couverture, mais un hedge fund n’est pas un fonds prudent : c’est un fonds libre. Libre d’acheter, de vendre à découvert, d’emprunter, d’utiliser des dérivés, et de viser une performance positive quelle que soit la direction des marchés. Cette liberté produit des profils de rendement que rien d’autre ne reproduit, au prix de frais élevés et d’une contrainte de liquidité que beaucoup d’investisseurs découvrent au mauvais moment. Voici la mécanique.

Qu’est-ce qu’un hedge fund, exactement ?

Ce n’est pas une classe d’actifs, c’est un mode de gestion. Un hedge fund investit sur les mêmes marchés que tout le monde, actions, obligations, devises, matières premières, mais sans les contraintes qui encadrent un fonds traditionnel.

Trois libertés le définissent.

  • La vente à découvert. Un fonds classique ne peut que détenir des titres et espérer qu’ils montent. Un hedge fund peut vendre un titre qu’il ne possède pas, pour le racheter plus bas. Il gagne donc aussi quand les cours baissent.
  • Le levier. Il peut investir plus que son capital, en empruntant ou via des dérivés. Le levier amplifie les gains et les pertes dans la même proportion.
  • Les instruments dérivés, utilisés aussi bien pour couvrir que pour prendre position.

De là découle la différence la plus importante avec un fonds traditionnel : l’objectif de rendement absolu. Un fonds actions classique se compare à son indice de référence ; s’il perd 18 % quand le marché perd 20 %, il a fait son travail. Un hedge fund vise une performance positive indépendamment du marché. Sa réussite ne se mesure pas par rapport à un indice mais dans l’absolu. C’est ce qui explique sa place dans un portefeuille : il n’est pas là pour battre les actions, mais pour se comporter différemment d’elles.

Quelles sont les grandes stratégies ?

Le terme hedge fund recouvre des approches qui n’ont presque rien en commun. Quatre familles dominent.

  • Le long/short equity. Le gérant achète les actions qu’il juge sous-évaluées et vend à découvert celles qu’il juge surévaluées, souvent dans le même secteur. Si vous achetez un constructeur automobile et vendez à découvert son concurrent direct pour le même montant, vous ne pariez plus sur le marché mais sur l’écart entre les deux titres. Le marché peut monter ou baisser, seul compte le fait que le premier fasse mieux que le second. Variante extrême, le market neutral, calibré pour annuler totalement l’exposition au marché.
  • La relative value. Deux instruments économiquement liés devraient s’échanger à un écart stable. Quand cet écart se déforme sans raison fondamentale, le gérant achète la jambe bon marché et vend la jambe chère, en pariant sur le retour à la normale. On la pratique sur les obligations, les obligations convertibles, les produits dérivés. Chaque opération rapporte peu, ce qui pousse à utiliser du levier pour rendre la stratégie rentable. C’est précisément ce qui l’a rendue dangereuse par le passé : une déformation persistante d’un écart, combinée à un levier important, suffit à détruire un fonds.
  • Le global macro. Le gérant prend position sur les grandes variables économiques, taux, devises, indices, matières premières, à partir d’un scénario macroéconomique. Les positions se prennent surtout par contrats à terme et options. Stratégie puissante, très volatile, et entièrement dépendante de la justesse du scénario.
  • L’event-driven. Le gérant se positionne sur un évènement d’entreprise identifié : fusion, acquisition, restructuration, faillite. Le risque n’est plus celui du marché mais celui de la réalisation de l’opération.

Retenez le point commun : aucune de ces stratégies ne cherche à capter la hausse générale des marchés. Toutes cherchent à capter un écart, une déformation ou un évènement. C’est ce qui justifie leur présence dans un portefeuille, et ce qui explique aussi qu’elles déçoivent souvent quand on les compare à un indice actions en marché haussier.

Comment fonctionnent les frais, et le high water mark ?

C’est le sujet le plus mal compris, et celui où l’investisseur perd le plus d’argent sans s’en rendre compte.

Le modèle historique est le 2 et 20 : une commission de gestion annuelle d’environ 2 % des actifs, prélevée quelle que soit la performance, plus une commission de performance d’environ 20 % des gains. La première tombe même quand le fonds perd. Un fonds qui fait zéro sur l’année vous coûte 2 %, un fonds qui perd 8 % vous en fait perdre 10.

Ces niveaux sont sous pression depuis des années et se négocient, en particulier pour les tickets importants, mais l’asymétrie demeure : le gérant participe aux gains, jamais aux pertes.

Deux mécanismes corrigent partiellement cette asymétrie, et il faut vérifier leur présence avant d’investir.

  • Le high water mark, ou plus haut historique. Le gérant ne perçoit de commission de performance que si la valeur du fonds dépasse son précédent sommet. Exemple simple : la part passe de 100 à 120 la première année, le gérant est payé sur les 20 de gain et le high water mark est fixé à 120. La deuxième année, la part retombe à 105 : aucune commission de performance. La troisième année, elle remonte à 125 : le gérant n’est payé que sur les 5 qui dépassent 120, pas sur les 20 de remontée. Sans ce mécanisme, il serait payé deux fois sur le même argent.
  • Le hurdle rate, ou seuil de déclenchement. Le fonds doit dépasser un rendement minimum avant toute commission de performance. Deux variantes qui ne se valent pas du tout. Avec un hurdle dur, la commission ne porte que sur la part du rendement qui dépasse le seuil : sur 15 % de performance avec un seuil de 8 %, le gérant est payé sur 7 %. Avec un hurdle mou, une fois le seuil franchi, la commission porte sur la totalité du rendement : sur les mêmes 15 %, il est payé sur 15 %. L’écart est du simple au double, pour un mot dans le contrat.

Un dernier effet à garder en tête : un gérant nettement sous son high water mark n’a plus d’incitation à la prudence. Tant qu’il n’a pas rattrapé son sommet, sa commission de performance est nulle, ce qui peut l’inciter à prendre davantage de risque pour y revenir. C’est un point à surveiller après une mauvaise année.

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Quels sont les vrais risques ?

Au-delà du risque de marché, trois contraintes structurelles pèsent plus lourd que les investisseurs ne l’anticipent.

  • La liquidité. Beaucoup de hedge funds imposent une période de blocage initiale, pendant laquelle vous ne pouvez pas sortir, et des fenêtres de rachat limitées ensuite, souvent trimestrielles, avec un préavis. Certains prévoient des mécanismes permettant de suspendre ou de limiter les rachats en cas de demandes massives, ou d’isoler les actifs devenus invendables dans une poche séparée. Vous pouvez donc vouloir sortir et ne pas pouvoir, précisément au moment où vous en auriez le plus besoin.
  • Le levier. Il ne change pas seulement l’ampleur des gains et des pertes : il crée un risque de liquidation forcée. Un fonds à fort levier peut être contraint de vendre au pire moment pour répondre à des appels de marge.
  • L’opacité et la lecture des performances. Les positions ne sont généralement pas publiées, et les indices de hedge funds souffrent de biais bien documentés : les fonds y déclarent leurs performances volontairement, et ceux qui disparaissent cessent de déclarer. La performance moyenne affichée par l’industrie est donc structurellement flattée. Ne jugez jamais un fonds sur un indice de catégorie.

Comment y accéder depuis la Suisse ?

L’accès direct est restreint. La plupart de ces véhicules sont réservés aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs : investisseurs professionnels, ou clients privés remplissant des conditions de fortune et de connaissances et ayant conclu un mandat de gestion ou de conseil. Les tickets d’entrée se comptent souvent en centaines de milliers de francs.

Trois voies existent pour un investisseur privé.

Le fonds de fonds, qui diversifie sur plusieurs gérants et abaisse le ticket d’entrée, mais ajoute une seconde couche de frais par-dessus celle des fonds sous-jacents. L’empilement mérite d’être calculé avant de signer.

Les alternatifs liquides, fonds ou ETF cotés qui répliquent certaines stratégies, long/short, market neutral ou macro systématique, avec une liquidité quotidienne et des frais nettement inférieurs. Ils ne reproduisent pas toutes les stratégies et pas toujours fidèlement, mais ils suppriment le risque de blocage.

Et la question qui précède toutes les autres : en avez-vous besoin ? L’argument de la décorrélation ne vaut que si le reste du portefeuille est déjà construit, diversifié et fiscalement optimisé. Sur un patrimoine de taille moyenne, l’écart de résultat entre une bonne enveloppe de prévoyance et un compte titres ordinaire pèse plus lourd que l’ajout d’une poche alternative. Un hedge fund est une réponse à un problème d’allocation, pas un produit d’épargne.

Conclusion : un mode de gestion, pas une promesse de performance

Un hedge fund n’est ni un fonds prudent ni un fonds miracle : c’est un fonds qui a le droit de faire ce que les autres n’ont pas le droit de faire. Ce qui compte n’est donc pas l’étiquette mais trois éléments concrets : la stratégie réellement mise en oeuvre, la structure de frais avec ou sans high water mark et avec un hurdle dur ou mou, et les conditions de sortie.

Chez Century Finance, nous ne partons jamais du produit mais de l’allocation, et nous calculons les frais cumulés avant de regarder les performances passées. Si l’on vous a proposé un fonds alternatif ou un fonds de fonds, faites analyser votre portefeuille.

En résumé, voici 3 points clés

  • Un hedge fund n’est pas une classe d’actifs mais un mode de gestion libre : vente à découvert, levier et dérivés, avec un objectif de rendement absolu et non de battre un indice.
  • Les stratégies cherchent un écart, une déformation ou un évènement, jamais la hausse générale du marché. Long/short, relative value, global macro et event-driven n’ont presque rien en commun.
  • Les frais sont asymétriques : le gérant participe aux gains, jamais aux pertes. Vérifiez la présence d’un high water mark, et si le hurdle rate est dur ou mou, l’écart pouvant aller du simple au double.

Pour aller plus loin

Fares Yakoubi, fondateur de Century Finance, conseiller financier à Genève
L'auteur

Fares Yakoubi

Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.

Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.

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FAQ : hedge funds et placements alternatifs

Un hedge fund est-il un placement sécurisé ?

Non, malgré son nom. Hedge signifie couverture, mais un hedge fund est avant tout un fonds libre : il peut vendre à découvert, utiliser du levier et recourir aux dérivés. Certaines stratégies sont effectivement peu corrélées aux marchés actions, d'autres sont très volatiles. Le profil de risque dépend entièrement de la stratégie mise en oeuvre, pas de l'étiquette.

Qu'est-ce qu'un high water mark ?

C'est le plus haut historique atteint par la valeur du fonds. Le gérant ne perçoit de commission de performance que sur ce qui dépasse ce niveau. Si la part monte de 100 à 120, il est payé sur 20 et le high water mark passe à 120. Si elle retombe à 105 puis remonte à 125, il n'est payé que sur les 5 qui dépassent 120, pas sur les 20 de remontée. Sans ce mécanisme, il serait rémunéré deux fois sur le même argent.

Quelle différence entre un hurdle rate dur et un hurdle rate mou ?

Un hurdle rate est le rendement minimum que le fonds doit atteindre avant toute commission de performance. Avec un hurdle dur, la commission ne porte que sur la part qui dépasse le seuil : sur une performance de 15 % avec un seuil de 8 %, le gérant est payé sur 7 %. Avec un hurdle mou, une fois le seuil franchi, la commission porte sur la totalité, soit 15 %. L'écart va du simple au double, pour une seule mention dans le contrat.

Que signifie la structure de frais 2 et 20 ?

Environ 2 % de commission de gestion annuelle sur les actifs, prélevée quelle que soit la performance, plus environ 20 % de commission sur les gains. Un fonds qui fait zéro sur l'année vous coûte donc 2 %, et un fonds qui perd 8 % vous en fait perdre 10. Ces niveaux sont sous pression et se négocient, mais l'asymétrie demeure : le gérant participe aux gains, jamais aux pertes.

Quelle est la différence entre long/short equity et relative value ?

Le long/short equity achète des actions jugées sous-évaluées et vend à découvert celles jugées surévaluées, souvent dans le même secteur : le pari porte sur l'écart de performance entre deux titres plutôt que sur la direction du marché. La relative value exploite la déformation d'un écart entre deux instruments économiquement liés, en achetant la jambe bon marché et en vendant la jambe chère. Chaque opération rapportant peu, elle recourt fréquemment au levier, ce qui la rend vulnérable si l'écart ne se referme pas.

Peut-on retirer son argent quand on veut ?

Rarement. Beaucoup de hedge funds imposent une période de blocage initiale, puis des fenêtres de rachat limitées, souvent trimestrielles et assorties d'un préavis. Certains prévoient de suspendre ou de limiter les rachats en cas de demandes massives, ou d'isoler les actifs devenus invendables dans une poche séparée. C'est le risque principal du produit : vous pouvez vouloir sortir et ne pas pouvoir, précisément au moment où vous en auriez besoin.

Comment investir dans un hedge fund depuis la Suisse ?

L'accès direct est en général réservé aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs, avec des tickets d'entrée souvent élevés. Deux alternatives existent pour un investisseur privé : le fonds de fonds, qui diversifie sur plusieurs gérants mais ajoute une seconde couche de frais, et les alternatifs liquides, fonds ou ETF cotés qui répliquent certaines stratégies avec une liquidité quotidienne et des frais nettement inférieurs.

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