Levée de capitaux : comment une entreprise se finance-t-elle ?

Comparaison des voies de financement d'une entreprise suisse entre fonds propres et fonds étrangers
Réponse express

Emprunter et rembourser, ou vendre une part et ne jamais rembourser

Une levée de capitaux se résume à un arbitrage : les fonds étrangers se remboursent, les fonds propres se partagent. La dette préserve le contrôle et ses intérêts sont déductibles, mais elle pèse sur la trésorerie quoi qu'il arrive. Les fonds propres ne se remboursent pas mais diluent la propriété, les bénéfices futurs et le pouvoir de décision.

  • Le critère de choix : la régularité des flux de trésorerie. Des revenus réguliers supportent de la dette. Une croissance à revenus incertains appelle des fonds propres.
  • L'augmentation de capital dilue les actionnaires qui n'y participent pas, d'où le droit préférentiel de souscription, qui ne peut être supprimé que pour de justes motifs. La marge de fluctuation du capital, introduite en 2023, se met en place avant d'en avoir besoin.
  • Les autres voies : crédit bancaire, emprunt obligataire, entrée d'investisseurs au capital, introduction en bourse, financement participatif.
  • Le prospectus : toute offre au public de valeurs mobilières en impose un en principe, approuvé par un organe de contrôle autorisé par la FINMA. De nombreuses exceptions cumulatives couvrent la majorité des levées de PME : clients professionnels, moins de 500 investisseurs, tickets ou valeurs nominales d'au moins 100 000 francs, ou offre totale n'excédant pas 8 millions sur douze mois.
  • Côté investisseur : une offre dispensée de prospectus est légale, mais aucun document standardisé et contrôlé ne vous sera remis. La diligence repose sur vous.
Faire analyser ma situation

Sommaire :

Une entreprise qui a besoin d’argent a deux voies, et une seule décision structurante à prendre. Soit elle emprunte, et elle devra rembourser. Soit elle vend une part d’elle-même, et elle ne remboursera jamais, mais elle aura partagé le pouvoir et les bénéfices futurs. Tout le reste relève de la technique.

Voici les options réelles en Suisse, ce qu’elles coûtent au sens large, et les règles de prospectus qui décident de ce que vous pouvez proposer à qui.

Fonds propres ou fonds étrangers : la seule vraie question

  • Les fonds étrangers, c’est de la dette. Crédit bancaire, emprunt obligataire, prêt d’actionnaire. Vous conservez la propriété et le contrôle intégral, les intérêts sont déductibles du bénéfice imposable, et le coût est connu d’avance. En contrepartie, la dette se rembourse quoi qu’il arrive : elle pèse sur la trésorerie dans les mauvaises années comme dans les bonnes, et elle exige presque toujours des garanties.
  • Les fonds propres, c’est de la participation. Augmentation de capital, entrée d’un investisseur, introduction en bourse. Rien à rembourser, aucune échéance, et la solidité du bilan s’améliore. Mais vous cédez une fraction de la propriété, des bénéfices futurs et du pouvoir de décision, et les dividendes ne sont pas déductibles puisqu’ils se prélèvent sur le bénéfice après impôt.

Le raisonnement à tenir n’est donc pas de trouver l’argent le moins cher sur le papier. C’est de déterminer quelle forme de risque l’entreprise peut porter. Une société aux flux de trésorerie réguliers et prévisibles supporte de la dette. Une société en croissance forte, dont les revenus sont incertains, doit privilégier les fonds propres, sous peine de se retrouver avec des échéances qu’elle ne peut pas honorer.

Comment fonctionne une augmentation de capital ?

C’est la voie la plus courante pour renforcer les fonds propres d’une société non cotée.

  • L’augmentation ordinaire est décidée par l’assemblée générale, qui fixe le montant et les conditions. Le délai d’inscription au registre du commerce est de six mois, et la loi autorise désormais expressément une augmentation comportant un montant maximal.
  • La marge de fluctuation du capital, introduite par le droit en vigueur depuis 2023, permet à l’assemblée générale d’habiliter le conseil d’administration à augmenter ou réduire le capital à l’intérieur d’une fourchette prédéfinie, pendant cinq ans au maximum et dans une limite de 50 % du capital inscrit. C’est l’outil à mettre en place avant d’en avoir besoin, parce qu’il permet ensuite de réagir vite sans convoquer une assemblée à chaque fois.
  • Le capital conditionnel sert à couvrir l’exercice de droits de conversion ou d’option, typiquement pour un plan d’intéressement des collaborateurs ou un emprunt convertible.

Le point qui fâche, et il faut le poser clairement : toute augmentation de capital dilue les actionnaires existants qui n’y participent pas. C’est précisément pourquoi la loi leur accorde en principe un droit préférentiel de souscription, proportionnel à leur participation. Ce droit peut être supprimé ou limité, mais uniquement pour de justes motifs et selon une procédure encadrée. Si vous êtes actionnaire minoritaire d’une société non cotée, c’est la clause à surveiller dans les statuts et dans chaque convention d’actionnaires.

PRÊT POUR CENTURY 360 ?!

FB330327-3276-495E-9B46-4E4DC08996F7

OFFERT AU LIEU DE CHF 499.- !

Vous souhaitez un conseil personnalisé? Vous trouverez ici le formulaire de contact.

Quelles sont les autres voies de financement ?

Cinq, avec des profils très différents.

  • Le crédit bancaire reste la première source de financement des PME suisses. Il est rapide, relativement peu coûteux pour une société solide, mais il suppose des garanties, des covenants et une capacité de remboursement démontrée. Sa limite est structurelle : une banque finance ce qui existe, rarement ce qui n’existe pas encore.
  • L’emprunt obligataire consiste à emprunter directement auprès d’investisseurs plutôt qu’auprès d’une banque, en émettant des obligations. Il permet des montants importants et des durées longues, avec une grande liberté sur les modalités. Il suppose en revanche une taille et une notoriété suffisantes, et il déclenche en principe une obligation de prospectus lorsque les obligations sont émises sous forme de valeurs mobilières.
  • L’entrée d’investisseurs au capital, qu’il s’agisse de proches, de business angels ou de fonds de capital-investissement. Au-delà de l’argent, l’apport peut être considérable en réseau et en expérience. Le prix à payer est la dilution, et souvent des droits particuliers accordés à l’investisseur : préférence de liquidation, droit de veto, siège au conseil. Ces clauses valent parfois plus que la valorisation négociée : lisez le pacte avant de regarder le chiffre.
  • L’introduction en bourse, qui donne accès à un vivier d’investisseurs bien plus large et offre une liquidité aux actionnaires existants. En contrepartie, elle impose des obligations de publicité et de gouvernance, un coût récurrent et une exposition permanente.
  • Le financement participatif, utile pour des montants modestes et des projets à forte dimension communautaire, avec les mêmes contraintes réglementaires que toute offre au public dès que les seuils sont franchis.

Faut-il publier un prospectus ?

C’est la question juridique qui décide de ce que vous pouvez proposer, et à qui. Beaucoup de dirigeants la découvrent trop tard.

Le principe est posé par la loi sur les services financiers : quiconque soumet en Suisse une offre au public en vue de l’acquisition de valeurs mobilières doit publier un prospectus, lequel doit être approuvé avant publication par un organe de contrôle autorisé par la FINMA.

Mais les exceptions sont nombreuses, et elles couvrent en pratique la majorité des levées de fonds de PME. Aucun prospectus n’est requis lorsque l’offre s’adresse uniquement à des investisseurs considérés comme des clients professionnels, lorsqu’elle est destinée à moins de 500 investisseurs, lorsque chaque investisseur acquiert pour une valeur minimale de 100 000 francs, lorsque les valeurs mobilières ont une valeur nominale d’au moins 100 000 francs, ou lorsque l’offre ne dépasse pas une valeur totale de 8 millions de francs calculée sur douze mois.

Deux précisions qui comptent. Ces exceptions s’appliquent de manière cumulative, ce qui permet par exemple de s’adresser à la fois à un nombre indéterminé de clients professionnels et à moins de 500 clients privés. Et le seuil de 8 millions se calcule sur une période de douze mois, ce qui interdit de fractionner artificiellement une levée pour passer sous la barre.

Enfin, la loi prévoit des allègements pour les PME, définies comme celles qui ne dépassent pas deux des trois valeurs suivantes : un total de bilan de 20 millions de francs, un chiffre d’affaires annuel de 40 millions, ou 250 emplois à plein temps en moyenne annuelle.

Le message pratique pour un dirigeant : la plupart des levées de PME suisses échappent à l’obligation de prospectus, mais la frontière se franchit sans s’en apercevoir, en élargissant le cercle des souscripteurs ou en enchaînant deux tours sur une même année. Faites vérifier le périmètre avant de solliciter les investisseurs, pas après.

Et du côté de l’investisseur privé, le corollaire mérite d’être dit : une offre dispensée de prospectus est parfaitement légale, mais elle signifie qu’aucun document standardisé et contrôlé ne vous sera remis. Le devoir de diligence repose alors entièrement sur vous.

Que retenir avant de lever des fonds ?

Quatre points, dans l’ordre.

  • Déterminez d’abord la nature du besoin. Un besoin de trésorerie temporaire ne se finance pas comme un investissement structurel ou un développement à cinq ans. C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse.
  • Préparez la structure juridique avant l’opération. Statuts à jour, marge de fluctuation du capital en place si elle a du sens, convention d’actionnaires claire sur les droits préférentiels et les restrictions de transfert.
  • Anticipez l’effet sur votre patrimoine personnel. Une levée en fonds propres modifie votre participation, donc la valeur de vos actions, vos perspectives de dividende et la fiscalité d’une future cession. Une levée en dette peut au contraire exiger des garanties personnelles qui exposent directement votre patrimoine privé.
  • Et regardez le coût complet. Frais juridiques, dilution, droits accordés aux nouveaux investisseurs, contraintes de gouvernance, garanties personnelles. Le taux d’intérêt ou la valorisation ne sont qu’une ligne de ce coût.

Conclusion : lever des fonds, c’est choisir une forme de risque

Une levée de capitaux n’est pas une opération financière isolée : c’est un arbitrage entre garder le contrôle en supportant une obligation de remboursement, ou partager la propriété en supprimant cette obligation. Le bon choix dépend de la régularité des flux de l’entreprise, pas du coût affiché de l’argent.

Chez Century Finance, nous regardons l’entreprise et le patrimoine du dirigeant comme un seul système, parce qu’une levée de fonds modifie les deux. Si vous envisagez une augmentation de capital, l’entrée d’un investisseur ou un financement structuré, faites analyser votre situation.

En résumé, voici 3 points clés

  • Les fonds étrangers se remboursent et leurs intérêts sont déductibles, mais ils pèsent sur la trésorerie et exigent des garanties. Les fonds propres ne se remboursent pas mais diluent la propriété, les bénéfices futurs et le pouvoir de décision. Le choix dépend de la régularité des flux de l’entreprise.
  • Toute augmentation de capital dilue les actionnaires qui n’y participent pas, d’où le droit préférentiel de souscription, qui ne peut être supprimé que pour de justes motifs. La marge de fluctuation du capital, introduite en 2023, se met en place avant d’en avoir besoin.
  • Une offre au public de valeurs mobilières impose en principe un prospectus approuvé par un organe de contrôle autorisé par la FINMA, mais de nombreuses exceptions cumulatives couvrent la majorité des levées de PME : clients professionnels, moins de 500 investisseurs, tickets ou valeurs nominales d’au moins 100 000 francs, ou offre totale n’excédant pas 8 millions sur douze mois.

Pour aller plus loin

Fares Yakoubi, fondateur de Century Finance, conseiller financier à Genève
L'auteur

Fares Yakoubi

Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.

Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.

LinkedIn Demander un bilan patrimonial

FAQ : lever des capitaux pour son entreprise

Vaut-il mieux s'endetter ou ouvrir son capital ?

Cela dépend de la régularité de vos flux de trésorerie, pas du coût affiché de l'argent. La dette préserve le contrôle intégral et ses intérêts sont déductibles du bénéfice imposable, mais elle se rembourse quoi qu'il arrive et exige des garanties. Les fonds propres ne se remboursent jamais et renforcent le bilan, mais ils diluent la propriété, les bénéfices futurs et le pouvoir de décision. Une société aux revenus réguliers supporte de la dette, une société en croissance à revenus incertains doit privilégier les fonds propres.

Qu'est-ce que la dilution lors d'une augmentation de capital ?

C'est la réduction de la part détenue par les actionnaires existants qui ne participent pas à l'augmentation. La loi leur accorde en principe un droit préférentiel de souscription proportionnel à leur participation, précisément pour leur permettre de maintenir leur poids. Ce droit peut être supprimé ou limité, mais uniquement pour de justes motifs et selon une procédure encadrée. Si vous êtes actionnaire minoritaire, c'est la clause à surveiller dans les statuts et dans la convention d'actionnaires.

Qu'est-ce que la marge de fluctuation du capital ?

Introduite par le droit en vigueur depuis 2023, elle permet à l'assemblée générale d'habiliter le conseil d'administration à augmenter ou réduire le capital-actions à l'intérieur d'une fourchette prédéfinie, pendant cinq ans au maximum et dans une limite de 50 % du capital inscrit. C'est un outil à mettre en place avant d'en avoir besoin, puisqu'il permet ensuite de réagir rapidement sans convoquer une assemblée générale à chaque opération.

Faut-il publier un prospectus pour lever des fonds ?

En principe oui : toute offre au public en vue de l'acquisition de valeurs mobilières impose un prospectus, approuvé avant publication par un organe de contrôle autorisé par la FINMA. Mais de nombreuses exceptions existent et couvrent en pratique la majorité des levées de PME : offre s'adressant uniquement à des clients professionnels, destinée à moins de 500 investisseurs, avec une valeur minimale de 100 000 francs par investisseur, portant sur des titres d'une valeur nominale d'au moins 100 000 francs, ou n'excédant pas une valeur totale de 8 millions de francs sur douze mois.

Les exceptions au prospectus se cumulent-elles ?

Oui, elles s'appliquent de manière cumulative. Une entreprise peut par exemple s'adresser à la fois à un nombre indéterminé de clients professionnels et à moins de 500 clients privés sans déclencher l'obligation de prospectus. Attention en revanche au seuil de 8 millions, qui se calcule sur une période de douze mois : fractionner artificiellement une levée en deux tours rapprochés ne permet pas d'y échapper.

Existe-t-il des allègements pour les PME ?

Oui. La loi prévoit des allègements en matière de prospectus pour les entreprises qui ne dépassent pas deux des trois valeurs suivantes : un total de bilan de 20 millions de francs, un chiffre d'affaires annuel de 40 millions de francs, ou 250 emplois à plein temps en moyenne annuelle. Dans les faits, la plupart des PME suisses échappent à l'obligation de prospectus grâce aux exceptions générales.

On me propose d'investir dans une société sans prospectus, est-ce normal ?

C'est parfaitement légal si l'offre entre dans l'une des exceptions prévues par la loi, ce qui est le cas de la plupart des tours de table de PME. Mais cela signifie qu'aucun document standardisé et approuvé par un organe de contrôle ne vous sera remis. Le devoir de diligence repose entièrement sur vous : comptes, valorisation, pacte d'actionnaires, droits accordés aux autres investisseurs et conditions de sortie.

PRÊT POUR CENTURY 360 ?!

FB330327-3276-495E-9B46-4E4DC08996F7

OFFERT AU LIEU DE CHF 499.- !

Vous souhaitez un conseil personnalisé? Vous trouverez ici le formulaire de contact.

NOS CERTIFICATIONS.

Ces affiliations ne sont pas de simples labels.

Elles traduisent notre exigence : offrir un accompagnement sérieux, sécurisé et irréprochable, conforme aux standards suisses les plus stricts.

LogoFinsom_Bleu-pv7z87t3u3u37bt6wjf22xr6dfxxf6xub2em9a2wnc
logo-login.png
FINMA_Logo

TOUJOURS À VOS CÔTÉS.

LA PROMESSE CENTURY FINANCE.

CEFLOGOSHADE
offert au lieu de chf 499.-

century 360 OFFERT.

Profitez d’un rendez-vous avec un expert du domaine financier à Genève et discutez des meilleures stratégies pour optimiser votre patrimoine !