Private equity : comment fonctionne le capital-investissement ?

Courbe en J d'un fonds de private equity montrant la phase négative initiale puis la remontée après les premières cessions
Réponse express

Private equity : un placement immobilisé, pas seulement risqué

Le capital-investissement consiste à prendre une participation au capital d'entreprises non cotées, via des fonds fermés d'une durée de vie de huit à douze ans. Ni cotation quotidienne, ni sortie libre : la liquidité est différée jusqu'aux cessions.

  • Trois stratégies : venture capital (entreprises jeunes, taux d'échec élevé), growth capital (entreprises établies en accélération), buyout ou LBO (entreprises matures, combinant fonds propres et dette remboursée par les flux de l'entreprise).
  • Vous ne versez pas tout d'un coup : vous vous engagez sur un montant, le gérant l'appelle progressivement sur quatre à cinq ans. Il faut garder la trésorerie disponible, et l'engagement peut ne jamais être appelé en totalité.
  • La courbe en J est structurelle : performance négative les premières années sous l'effet des frais et de l'absence de cessions, puis remontée. Un fonds ne se juge jamais sur trois ans.
  • Les frais : environ 1,5 % à 2 % par an, calculés le plus souvent sur le capital engagé et non sur le capital versé, plus un carried interest d'environ 20 % des plus-values au-delà d'un rendement préférentiel.
  • La faible volatilité affichée est un artefact de valorisation, pas une moindre prise de risque. Les vrais risques sont l'illiquidité, la dispersion considérable entre gérants et l'effet millésime.
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Sommaire :

Vous signez pour 200 000 francs, la banque ne vous en prélève que 40 000 la première année, et trois ans plus tard votre relevé affiche une valeur inférieure à ce que vous avez versé. Rien ne va mal : c’est le fonctionnement normal d’un fonds de private equity. Cette classe d’actifs obéit à une mécanique que rien d’autre dans un portefeuille ne reproduit, et que la plupart des souscripteurs découvrent après avoir signé.

Voici comment elle fonctionne, ce qu’elle exige réellement, et à qui elle s’adresse.

Qu’est-ce que le private equity ?

Le capital-investissement consiste à prendre une participation au capital d’entreprises non cotées en bourse, avec l’intention de les développer puis de les revendre plus cher. Vous ne détenez pas un titre coté dont le prix s’affiche chaque seconde : vous détenez une fraction d’un portefeuille d’entreprises réelles, valorisé périodiquement selon des critères économiques.

La différence structurelle avec les marchés cotés tient en trois points.

Le fonds est fermé. Il a une durée de vie définie à l’avance, généralement de huit à douze ans, parfois prolongée. Pendant cette période, il n’y a ni cotation quotidienne ni possibilité de sortir librement.

La liquidité est différée. Vous récupérez votre argent quand le gérant vend les entreprises, pas quand vous le décidez.

La création de valeur est opérationnelle. Le gérant ne se contente pas d’acheter en espérant que le marché monte : il entre au conseil, change parfois la direction, restructure, finance la croissance, réalise des acquisitions. C’est un travail d’actionnaire actif, et c’est ce qui justifie, ou non, ses frais.

Quelles sont les grandes stratégies ?

Trois familles se distinguent par la maturité des entreprises ciblées, et elles n’ont pas du tout le même profil de risque.

  • Le venture capital, ou capital-risque, finance des entreprises jeunes, souvent avant la rentabilité. Le taux d’échec y est élevé par construction : le modèle repose sur quelques succès majeurs qui compensent une majorité d’investissements décevants. C’est la stratégie la plus risquée et la plus dispersée.
  • Le growth capital, ou capital-développement, finance des entreprises déjà établies et rentables qui veulent accélérer. Le risque d’échec total y est plus faible, le potentiel de multiplication aussi.
  • Le buyout, souvent structuré en LBO, consiste à prendre le contrôle d’une entreprise mature générant des flux de trésorerie réguliers, en combinant fonds propres et dette. La dette est remboursée par les flux de l’entreprise elle-même, ce qui amplifie le rendement des fonds propres si tout se passe bien, et l’amplifie tout autant à la baisse en cas de retournement. C’est la stratégie qui concentre l’essentiel des capitaux du secteur.

À côté de ces trois familles, deux compléments à connaître. La dette privée, qui consiste à prêter directement aux entreprises plutôt qu’à entrer à leur capital : profil plus défensif, horizon plus court. Et le marché secondaire, qui consiste à racheter des parts de fonds existants déjà investis. Ce dernier mérite une attention particulière pour une raison développée plus bas.

Comment fonctionne l’engagement, et pourquoi la courbe en J ?

C’est la mécanique que personne n’explique avant la signature, et c’est celle qui surprend le plus.

Vous ne versez pas votre argent en une fois. Vous vous engagez sur un montant global, le commitment. Le gérant l’appelle ensuite progressivement, au fil des acquisitions qu’il réalise : ce sont les appels de capitaux, ou capital calls. Sur un engagement de 200 000 francs, vous pourrez verser 40 000 la première année, 60 000 la deuxième, et ainsi de suite sur quatre ou cinq ans.

Deux conséquences pratiques, toutes deux mal anticipées. Vous devez garder la trésorerie disponible pour répondre aux appels, sous peine de sanctions contractuelles parfois sévères. Et il se peut que la totalité de votre engagement ne soit jamais appelée, si le gérant ne trouve pas assez d’opportunités : vous avez alors immobilisé des liquidités pour rien.

Dans l’autre sens, les distributions arrivent au fil des cessions, pas à une date fixe.

De cette mécanique naît la courbe en J. Les premières années, vous versez de l’argent, les frais de gestion sont prélevés, et les participations sont encore valorisées à leur coût d’acquisition ou en dessous : la performance apparente est négative. Puis les entreprises se développent, les premières cessions ont lieu, la valeur remonte au-dessus du capital versé et les distributions s’accélèrent. Graphiquement, la courbe descend, touche un point bas, puis remonte : d’où le J.

Ce n’est pas une anomalie, c’est une caractéristique structurelle. Elle a une conséquence de bon sens : un fonds de private equity ne se juge jamais sur ses trois premières années. Et un investisseur qui panique dans le creux, quand une sortie anticipée est possible, cristallise une perte sur des actifs qui auraient souvent bien performé à maturité. C’est d’ailleurs ce qui rend le marché secondaire intéressant pour l’acheteur : il acquiert un portefeuille déjà constitué, plus mature, plus proche des sorties, ce qui atténue la courbe en J.

 

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Comment le gérant est-il rémunéré ?

Deux couches, et la seconde est souvent mal lue.

La commission de gestion, généralement de l’ordre de 1,5 % à 2 % par an. Attention au point qui change tout : elle se calcule le plus souvent sur le capital engagé, et non sur le capital effectivement appelé. Vous payez donc, les premières années, sur de l’argent que vous n’avez pas encore versé. C’est l’une des raisons du creux de la courbe en J.

Le carried interest, généralement autour de 20 % des plus-values. Il ne se déclenche qu’après que les investisseurs ont récupéré l’intégralité de leur mise, et le plus souvent après un rendement préférentiel minimum, un hurdle rate de l’ordre de 8 % par an. Tant que ce seuil n’est pas atteint, le gérant ne touche rien sur la performance.

Ce mécanisme aligne les intérêts bien mieux que dans la gestion traditionnelle, mais il ne rend pas les frais anodins. Sur un fonds de fonds, la structure se dédouble : vous payez les frais du véhicule qui vous donne accès, plus ceux des fonds sous-jacents. L’empilement mérite d’être calculé en francs, pas en pourcentages, avant de signer.

Quels sont les vrais risques ?

Quatre, et le premier n’est pas celui auquel on pense.

  • L’illiquidité. Huit à douze ans sans possibilité de sortie libre, c’est la contrainte principale. Un marché secondaire existe, mais il se traite souvent avec décote, et il n’est pas garanti.
  • La dispersion entre gérants. Sur les marchés cotés, l’écart de performance entre un bon et un mauvais gérant reste contenu. En private equity, l’écart entre les meilleurs fonds et les moins bons est considérable. La moyenne de la classe d’actifs ne veut donc pas dire grand-chose : votre résultat dépend du fonds auquel vous avez accès, et les meilleurs gérants sont souvent fermés aux nouveaux souscripteurs.
  • L’illusion de stabilité. Les participations étant valorisées périodiquement et non cotées en continu, la volatilité affichée est mécaniquement plus faible que celle des marchés cotés. Cette faible volatilité est un artefact de mesure, pas une moindre prise de risque. Le risque économique sous-jacent est bien réel.
  • L’effet millésime. L’année de lancement d’un fonds pèse lourd sur son résultat final, puisqu’elle détermine les prix auxquels il achète. D’où la pratique consistant à étaler ses engagements sur plusieurs millésimes plutôt que de tout placer sur une seule année.

Comment y accéder depuis la Suisse ?

L’accès direct reste réservé aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs, avec des tickets d’entrée élevés et des engagements qui se comptent souvent en centaines de milliers de francs.

Trois voies existent pour un investisseur privé.

  • Le fonds de fonds, qui diversifie sur plusieurs gérants et plusieurs millésimes, abaisse le ticket d’entrée et atténue la dispersion, au prix d’une seconde couche de frais.
  • Les véhicules semi-liquides, dits evergreen, à durée de vie indéfinie, qui acceptent des souscriptions continues et offrent des fenêtres de rachat périodiques. Ils suppriment la courbe en J et l’essentiel de la contrainte d’illiquidité, mais ils détiennent nécessairement une poche de liquidités pour honorer les rachats, ce qui dilue le rendement, et les fenêtres de sortie peuvent être suspendues en cas de demandes massives.
  • Les sociétés cotées de private equity, achetables en bourse comme une action ordinaire, qui offrent une liquidité immédiate mais réintroduisent la volatilité des marchés cotés et se traitent souvent avec une décote ou une prime sur leur actif net.

Un élément de contexte suisse à connaître : depuis le 1er mars 2024, le droit suisse connaît une nouvelle catégorie de placement collectif, le L-QIF, réservé aux investisseurs qualifiés (art. 118a LPCC). Il ne requiert ni approbation ni autorisation de la FINMA et n’est pas soumis à sa surveillance prudentielle, mais il doit être géré par un établissement surveillé par elle. L’objectif était de créer un véhicule suisse plus rapide et moins coûteux à lancer, notamment pour les actifs non cotés. Retenez l’essentiel du point de vue de l’investisseur : la souplesse a pour contrepartie l’absence de surveillance directe du produit.

Et la question qui précède toutes les autres : en avez-vous besoin ? Le private equity est une brique de long terme qui vient compléter un patrimoine déjà structuré, pas un produit d’épargne. Immobiliser des liquidités pour dix ans suppose que le reste tienne : réserve de sécurité constituée, prévoyance optimisée, financement immobilier calé. Sur un patrimoine de taille moyenne, l’écart de résultat entre une bonne structure fiscale et une structure ordinaire pèse plus lourd qu’une poche de non-coté.

Conclusion : une classe d’actifs qui exige du temps, pas de l’audace

Le private equity n’est pas un placement risqué au sens de la volatilité : c’est un placement immobilisé, dispersé et lent. Sa mécanique, engagement puis appels de capitaux, courbe en J, distributions étalées, impose une discipline de trésorerie que les autres placements ne demandent pas. Et sa performance dépend du gérant retenu bien plus que de la classe d’actifs elle-même.

Chez Century Finance, nous ne regardons une poche de non-coté qu’une fois le reste du patrimoine en place, et nous calculons les frais cumulés en francs avant de regarder les performances passées. Si l’on vous a proposé un fonds de private equity ou un véhicule evergreen, faites analyser votre portefeuille.

En résumé, voici 3 points clés

  • Le private equity investit au capital d’entreprises non cotées via des fonds fermés de huit à douze ans. Vous vous engagez sur un montant, le gérant l’appelle progressivement, et vous devez garder la trésorerie disponible.
  • La courbe en J est structurelle : performance négative les premières années, sous l’effet des frais et de l’absence de cessions, puis remontée à mesure que les sorties se réalisent. Un fonds ne se juge jamais sur ses trois premières années.
  • La faible volatilité affichée est un artefact de valorisation, pas une moindre prise de risque. Les vrais risques sont l’illiquidité, la dispersion considérable entre gérants et l’effet millésime.

Pour aller plus loin

Fares Yakoubi, fondateur de Century Finance, conseiller financier à Genève
L'auteur

Fares Yakoubi

Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.

Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.

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FAQ : private equity et capital-investissement

Qu'est-ce que la courbe en J ?

C'est la trajectoire typique d'un fonds de private equity. Les premières années, l'investisseur verse du capital, les frais de gestion sont prélevés et les participations ne sont pas encore valorisées à la hausse : la performance apparente est négative. Puis les entreprises se développent, les premières cessions ont lieu et la valeur remonte au-dessus du capital versé. Ce n'est pas une anomalie mais une caractéristique structurelle : un fonds ne se juge jamais sur ses trois premières années.

Comment fonctionnent les appels de capitaux ?

Vous ne versez pas votre argent en une fois. Vous vous engagez sur un montant global et le gérant l'appelle progressivement, au fil des acquisitions qu'il réalise, généralement sur quatre à cinq ans. Deux conséquences : vous devez garder la trésorerie disponible pour répondre aux appels, sous peine de sanctions contractuelles, et il se peut que la totalité de votre engagement ne soit jamais appelée si le gérant ne trouve pas assez d'opportunités.

Qu'est-ce que le carried interest ?

C'est la part des plus-values revenant au gérant, généralement autour de 20 %. Elle ne se déclenche qu'après que les investisseurs ont récupéré l'intégralité de leur mise, et le plus souvent après un rendement préférentiel minimum, un hurdle rate de l'ordre de 8 % par an. Tant que ce seuil n'est pas atteint, le gérant ne touche rien sur la performance.

Sur quoi la commission de gestion est-elle calculée ?

Le plus souvent sur le capital engagé, et non sur le capital effectivement appelé. Vous payez donc, les premières années, une commission assise sur de l'argent que vous n'avez pas encore versé. C'est l'une des raisons du creux de la courbe en J, et un point à vérifier explicitement dans la documentation avant de signer.

Quelle différence entre venture capital, growth et buyout ?

Le venture capital finance des entreprises jeunes, souvent avant la rentabilité : le taux d'échec est élevé par construction et le modèle repose sur quelques succès majeurs. Le growth capital finance des entreprises déjà établies et rentables qui veulent accélérer. Le buyout, souvent structuré en LBO, prend le contrôle d'entreprises matures en combinant fonds propres et dette, cette dernière étant remboursée par les flux de trésorerie de l'entreprise elle-même.

Le private equity est-il moins volatil que la bourse ?

La volatilité affichée est plus faible, mais c'est un artefact de mesure : les participations sont valorisées périodiquement et non cotées en continu. Le risque économique sous-jacent reste entier. Les vrais risques du private equity sont l'illiquidité sur huit à douze ans, la dispersion considérable des performances entre gérants, et l'effet millésime lié à l'année de lancement du fonds.

Comment investir en private equity depuis la Suisse ?

L'accès direct est en général réservé aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs, avec des engagements élevés. Trois alternatives existent : le fonds de fonds, qui diversifie sur plusieurs gérants et millésimes au prix d'une seconde couche de frais, les véhicules semi-liquides dits evergreen, qui offrent des fenêtres de rachat périodiques mais détiennent une poche de liquidités diluant le rendement, et les sociétés cotées de private equity, liquides mais soumises à la volatilité des marchés.

Qu'est-ce que le L-QIF ?

C'est une catégorie de placement collectif de droit suisse réservée aux investisseurs qualifiés, introduite le 1er mars 2024 par la révision de la LPCC et de l'OPCC. Elle ne requiert ni approbation ni autorisation de la FINMA et n'est pas soumise à sa surveillance prudentielle, mais doit être gérée par un établissement surveillé par elle. L'objectif était de créer un véhicule suisse plus rapide et moins coûteux à lancer, notamment pour les actifs non cotés. La souplesse a pour contrepartie l'absence de surveillance directe du produit.

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