Le capital-investissement consiste à prendre une participation au capital d'entreprises non cotées, via des fonds fermés d'une durée de vie de huit à douze ans. Ni cotation quotidienne, ni sortie libre : la liquidité est différée jusqu'aux cessions.
Vous signez pour 200 000 francs, la banque ne vous en prélève que 40 000 la première année, et trois ans plus tard votre relevé affiche une valeur inférieure à ce que vous avez versé. Rien ne va mal : c’est le fonctionnement normal d’un fonds de private equity. Cette classe d’actifs obéit à une mécanique que rien d’autre dans un portefeuille ne reproduit, et que la plupart des souscripteurs découvrent après avoir signé.
Voici comment elle fonctionne, ce qu’elle exige réellement, et à qui elle s’adresse.
Le capital-investissement consiste à prendre une participation au capital d’entreprises non cotées en bourse, avec l’intention de les développer puis de les revendre plus cher. Vous ne détenez pas un titre coté dont le prix s’affiche chaque seconde : vous détenez une fraction d’un portefeuille d’entreprises réelles, valorisé périodiquement selon des critères économiques.
La différence structurelle avec les marchés cotés tient en trois points.
Le fonds est fermé. Il a une durée de vie définie à l’avance, généralement de huit à douze ans, parfois prolongée. Pendant cette période, il n’y a ni cotation quotidienne ni possibilité de sortir librement.
La liquidité est différée. Vous récupérez votre argent quand le gérant vend les entreprises, pas quand vous le décidez.
La création de valeur est opérationnelle. Le gérant ne se contente pas d’acheter en espérant que le marché monte : il entre au conseil, change parfois la direction, restructure, finance la croissance, réalise des acquisitions. C’est un travail d’actionnaire actif, et c’est ce qui justifie, ou non, ses frais.
Trois familles se distinguent par la maturité des entreprises ciblées, et elles n’ont pas du tout le même profil de risque.
À côté de ces trois familles, deux compléments à connaître. La dette privée, qui consiste à prêter directement aux entreprises plutôt qu’à entrer à leur capital : profil plus défensif, horizon plus court. Et le marché secondaire, qui consiste à racheter des parts de fonds existants déjà investis. Ce dernier mérite une attention particulière pour une raison développée plus bas.
C’est la mécanique que personne n’explique avant la signature, et c’est celle qui surprend le plus.
Vous ne versez pas votre argent en une fois. Vous vous engagez sur un montant global, le commitment. Le gérant l’appelle ensuite progressivement, au fil des acquisitions qu’il réalise : ce sont les appels de capitaux, ou capital calls. Sur un engagement de 200 000 francs, vous pourrez verser 40 000 la première année, 60 000 la deuxième, et ainsi de suite sur quatre ou cinq ans.
Deux conséquences pratiques, toutes deux mal anticipées. Vous devez garder la trésorerie disponible pour répondre aux appels, sous peine de sanctions contractuelles parfois sévères. Et il se peut que la totalité de votre engagement ne soit jamais appelée, si le gérant ne trouve pas assez d’opportunités : vous avez alors immobilisé des liquidités pour rien.
Dans l’autre sens, les distributions arrivent au fil des cessions, pas à une date fixe.
De cette mécanique naît la courbe en J. Les premières années, vous versez de l’argent, les frais de gestion sont prélevés, et les participations sont encore valorisées à leur coût d’acquisition ou en dessous : la performance apparente est négative. Puis les entreprises se développent, les premières cessions ont lieu, la valeur remonte au-dessus du capital versé et les distributions s’accélèrent. Graphiquement, la courbe descend, touche un point bas, puis remonte : d’où le J.
Ce n’est pas une anomalie, c’est une caractéristique structurelle. Elle a une conséquence de bon sens : un fonds de private equity ne se juge jamais sur ses trois premières années. Et un investisseur qui panique dans le creux, quand une sortie anticipée est possible, cristallise une perte sur des actifs qui auraient souvent bien performé à maturité. C’est d’ailleurs ce qui rend le marché secondaire intéressant pour l’acheteur : il acquiert un portefeuille déjà constitué, plus mature, plus proche des sorties, ce qui atténue la courbe en J.
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Deux couches, et la seconde est souvent mal lue.
La commission de gestion, généralement de l’ordre de 1,5 % à 2 % par an. Attention au point qui change tout : elle se calcule le plus souvent sur le capital engagé, et non sur le capital effectivement appelé. Vous payez donc, les premières années, sur de l’argent que vous n’avez pas encore versé. C’est l’une des raisons du creux de la courbe en J.
Le carried interest, généralement autour de 20 % des plus-values. Il ne se déclenche qu’après que les investisseurs ont récupéré l’intégralité de leur mise, et le plus souvent après un rendement préférentiel minimum, un hurdle rate de l’ordre de 8 % par an. Tant que ce seuil n’est pas atteint, le gérant ne touche rien sur la performance.
Ce mécanisme aligne les intérêts bien mieux que dans la gestion traditionnelle, mais il ne rend pas les frais anodins. Sur un fonds de fonds, la structure se dédouble : vous payez les frais du véhicule qui vous donne accès, plus ceux des fonds sous-jacents. L’empilement mérite d’être calculé en francs, pas en pourcentages, avant de signer.
Quatre, et le premier n’est pas celui auquel on pense.
L’accès direct reste réservé aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs, avec des tickets d’entrée élevés et des engagements qui se comptent souvent en centaines de milliers de francs.
Trois voies existent pour un investisseur privé.
Un élément de contexte suisse à connaître : depuis le 1er mars 2024, le droit suisse connaît une nouvelle catégorie de placement collectif, le L-QIF, réservé aux investisseurs qualifiés (art. 118a LPCC). Il ne requiert ni approbation ni autorisation de la FINMA et n’est pas soumis à sa surveillance prudentielle, mais il doit être géré par un établissement surveillé par elle. L’objectif était de créer un véhicule suisse plus rapide et moins coûteux à lancer, notamment pour les actifs non cotés. Retenez l’essentiel du point de vue de l’investisseur : la souplesse a pour contrepartie l’absence de surveillance directe du produit.
Et la question qui précède toutes les autres : en avez-vous besoin ? Le private equity est une brique de long terme qui vient compléter un patrimoine déjà structuré, pas un produit d’épargne. Immobiliser des liquidités pour dix ans suppose que le reste tienne : réserve de sécurité constituée, prévoyance optimisée, financement immobilier calé. Sur un patrimoine de taille moyenne, l’écart de résultat entre une bonne structure fiscale et une structure ordinaire pèse plus lourd qu’une poche de non-coté.
Le private equity n’est pas un placement risqué au sens de la volatilité : c’est un placement immobilisé, dispersé et lent. Sa mécanique, engagement puis appels de capitaux, courbe en J, distributions étalées, impose une discipline de trésorerie que les autres placements ne demandent pas. Et sa performance dépend du gérant retenu bien plus que de la classe d’actifs elle-même.
Chez Century Finance, nous ne regardons une poche de non-coté qu’une fois le reste du patrimoine en place, et nous calculons les frais cumulés en francs avant de regarder les performances passées. Si l’on vous a proposé un fonds de private equity ou un véhicule evergreen, faites analyser votre portefeuille.
Fondateur de Century Finance, Genève. Diplômé AFA, inscrit au registre FINMA des intermédiaires d'assurance.
Dix ans d'expérience en prévoyance, fiscalité et structuration de patrimoine en Suisse romande. Les articles de ce blog s'appuient sur les textes en vigueur, les circulaires de l'Administration fédérale des contributions et la jurisprudence du Tribunal fédéral, sources citées.
C'est la trajectoire typique d'un fonds de private equity. Les premières années, l'investisseur verse du capital, les frais de gestion sont prélevés et les participations ne sont pas encore valorisées à la hausse : la performance apparente est négative. Puis les entreprises se développent, les premières cessions ont lieu et la valeur remonte au-dessus du capital versé. Ce n'est pas une anomalie mais une caractéristique structurelle : un fonds ne se juge jamais sur ses trois premières années.
Vous ne versez pas votre argent en une fois. Vous vous engagez sur un montant global et le gérant l'appelle progressivement, au fil des acquisitions qu'il réalise, généralement sur quatre à cinq ans. Deux conséquences : vous devez garder la trésorerie disponible pour répondre aux appels, sous peine de sanctions contractuelles, et il se peut que la totalité de votre engagement ne soit jamais appelée si le gérant ne trouve pas assez d'opportunités.
C'est la part des plus-values revenant au gérant, généralement autour de 20 %. Elle ne se déclenche qu'après que les investisseurs ont récupéré l'intégralité de leur mise, et le plus souvent après un rendement préférentiel minimum, un hurdle rate de l'ordre de 8 % par an. Tant que ce seuil n'est pas atteint, le gérant ne touche rien sur la performance.
Le plus souvent sur le capital engagé, et non sur le capital effectivement appelé. Vous payez donc, les premières années, une commission assise sur de l'argent que vous n'avez pas encore versé. C'est l'une des raisons du creux de la courbe en J, et un point à vérifier explicitement dans la documentation avant de signer.
Le venture capital finance des entreprises jeunes, souvent avant la rentabilité : le taux d'échec est élevé par construction et le modèle repose sur quelques succès majeurs. Le growth capital finance des entreprises déjà établies et rentables qui veulent accélérer. Le buyout, souvent structuré en LBO, prend le contrôle d'entreprises matures en combinant fonds propres et dette, cette dernière étant remboursée par les flux de trésorerie de l'entreprise elle-même.
La volatilité affichée est plus faible, mais c'est un artefact de mesure : les participations sont valorisées périodiquement et non cotées en continu. Le risque économique sous-jacent reste entier. Les vrais risques du private equity sont l'illiquidité sur huit à douze ans, la dispersion considérable des performances entre gérants, et l'effet millésime lié à l'année de lancement du fonds.
L'accès direct est en général réservé aux investisseurs qualifiés au sens du droit suisse des placements collectifs, avec des engagements élevés. Trois alternatives existent : le fonds de fonds, qui diversifie sur plusieurs gérants et millésimes au prix d'une seconde couche de frais, les véhicules semi-liquides dits evergreen, qui offrent des fenêtres de rachat périodiques mais détiennent une poche de liquidités diluant le rendement, et les sociétés cotées de private equity, liquides mais soumises à la volatilité des marchés.
C'est une catégorie de placement collectif de droit suisse réservée aux investisseurs qualifiés, introduite le 1er mars 2024 par la révision de la LPCC et de l'OPCC. Elle ne requiert ni approbation ni autorisation de la FINMA et n'est pas soumise à sa surveillance prudentielle, mais doit être gérée par un établissement surveillé par elle. L'objectif était de créer un véhicule suisse plus rapide et moins coûteux à lancer, notamment pour les actifs non cotés. La souplesse a pour contrepartie l'absence de surveillance directe du produit.
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